Avec Piketty, le capital au 21e siècle ne risque pas de changer02/07/20142014Journal/medias/journalnumero/images/2014/07/une2396.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Avec Piketty, le capital au 21e siècle ne risque pas de changer

Le capital au 21e siècle, publié en septembre 2013 en France, vient de paraître en anglais. Il ferait, nous dit-on, un tabac aux États-Unis, où l'économiste français a été reçu par l'administration Obama et encensé par les économistes Joseph Stiglitz et Paul Krugman, prix Nobel d'économie et, pour le dernier, naguère héros des milieux altermondialistes. En France, la presse de gauche a également fait de Piketty sa coqueluche, voyant dans l'ouvrage une critique des inégalités et des politiques fiscales actuelles.

À travers l'analyse comparée des évolutions de patrimoine et de revenus dans plusieurs pays (France, États-Unis, Royaume-Uni, Allemagne, Japon) depuis deux siècles, Piketty explique que, si les inégalités ont diminué dans la première moitié du 20e siècle, depuis les années 1970-1980, les impôts des riches ayant beaucoup baissé, les inégalités se sont accentuées : les 10 % les plus riches des États-Unis accaparent aujourd'hui 45 à 50 % du revenu national. Cette évolution se retrouve au Royaume-Uni et, dans une moindre mesure, au Japon, en Allemagne ou en France.

Ces éléments d'histoire économique soulignent l'évolution scandaleuse de la société vers un enrichissement accru de la bourgeoisie, au détriment des classes populaires. Mais alors, que faire ? L'économiste Piketty devient conseiller politique. Il suggère de relever le taux supérieur de l'impôt sur le revenu, à 80 % environ pour des revenus supérieurs à 500 000 ou à un million de dollars, et propose un impôt mondial et progressif sur le capital. Si un financier ou un roi du pétrole un peu borné fronçait les sourcils devant une telle idée, les taux évoqués auraient vite fait de le rassurer : 1 % entre 1 et 5 millions d'euros, 2 % au-delà de 5 millions... Avec des taux de profit annuels de 8 ou 10 %, voire bien plus, un tel impôt aurait tout de la piqûre de moustique.

Piketty, qui conseilla le candidat Hollande lors de l'élection présidentielle de 2012, ne fait pas mystère de ses convictions social-démocrates. « Je suis vacciné à vie contre les discours anticapitalistes convenus et paresseux, explique-t-il en introduction. Cela ne m'intéresse pas de dénoncer les inégalités ou le capitalisme en tant que tel - d'autant plus que les inégalités sociales ne posent pas de problème en soi, pour peu qu'elles soient justifiées, c'est-à-dire « fondées sur l'utilité commune », ainsi que le proclame l'article premier de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789. » L'auteur défend donc le capitalisme, mais il voudrait un capitalisme mieux régulé et aux injustices moins criantes. Comme des générations de réformistes avant lui, il propose une série de recettes pour ce faire. Il n'explique cependant pas comment il compte les faire appliquer et obliger des capitalistes à limiter leurs appétits, au profit d'un intérêt général dont ils n'ont que faire.

Pour dompter le tigre capitaliste, Piketty ne compte d'ailleurs que sur la seule valeur supposée de ses conseils. Si cela explique le succès du livre dans les cénacles, la façon dont Hollande les a reçus suffit à juger de leur efficacité.

Partager