Mauritanie : une dictature esclavagiste alliée de la France

25 Juin 2014
Le président mauritanien Abdel Aziz vient d'être réélu. Les principaux partis d'opposition ayant choisi de boycotter cette élection qu'ils qualifient de « scrutin organisé par un pouvoir dictatorial », ce résultat ne représente pas une surprise. L'élément nouveau est surtout le score non négligeable obtenu par le militant antiesclavagiste Biram Ould Dah Ould Abeid, qui a obtenu près de 9 % des suffrages et arrive second. Lui-même descendant d'esclaves, il avait été emprisonné plusieurs mois en 2012 pour avoir brûlé des textes d'une école de droit musulman légitimant l'esclavage. Son mouvement étant interdit, c'est en tant que candidat libre qu'il s'est présenté aux élections.

La Mauritanie est en effet le pays du monde où l'esclavage est encore aujourd'hui le plus répandu. Une partie des descendants de Noirs autrefois asservis par les tribus maures, ceux qu'on appelle les Haratines (Maures noirs), y sont privés de toute liberté. On estime à 150 000 le nombre de ces esclaves. Ils passent leur vie à travailler pour leurs maîtres, des Beidanes (Maures blancs), et gardent leurs troupeaux de chèvres ou de chameaux dans le désert. Les femmes se voient enlever leurs enfant dès le plus jeune âge, leur maître pouvant les offrir en mariage ou les vendre à qui bon leur semble. Les esclaves haratines sont considérés comme du simple bétail, que leur propriétaire peut blesser, tuer ou violer selon son bon plaisir. Leur seul recours est de s'enfuir pour gagner les bidonvilles de la capitale Nouakchott.

L'État mauritanien est pleinement complice de cette situation. Il nie en effet purement et simplement l'existence de l'esclavage, parlant à ce propos de simples séquelles et d'anciennes coutumes aujourd'hui abandonnées. Une loi interdisant officiellement l'esclavage a été votée, pour satisfaire les alliés occidentaux et les organisations internationales dont la Mauritanie fait partie, mais elle n'a jamais été appliquée. Bien au contraire, dans la république islamique qu'est la Mauritanie, toute la formation donnée aux magistrats ou aux officiers de l'armée et de la police légitime l'esclavage. Dans les faits, jamais les propriétaires d'esclaves n'ont été pourchassés. La répression ne frappe que les militants antiesclavagistes.

Plus largement, tous les pouvoirs sont d'ailleurs concentrés entre les mains des dirigeants beidanes, dont la communauté ne représente que 30 % de la population. Les Haratines mais aussi les membres des tribus noires qui résident sur le territoire, Peuls, Toucouleurs, Bambaras, ne sont que des citoyens de seconde zone, ce qui a déjà donné lieu à des révoltes réprimées par le pouvoir.

Tout cela n'empêche pas la Mauritanie d'être un allié traditionnel du gouvernement français. Il soutient ce régime dont la façade moderne cache une dictature esclavagiste et moyenâgeuse, dans laquelle il voudrait voir un rempart contre l'intégrisme religieux au Sahel.

Daniel MESCLA