La Poste, Nantes : la « sécabilité » ne passe pas

05 Mars 2014
La sécabilité, c'est le système mis en place par les dirigeants de La Poste pour faire qu'un certain nombre de semaines dans l'année les facteurs distribuent le courrier d'un autre facteur. Cela permet de supprimer des emplois de remplaçants. Ce système est évidemment haï par les facteurs.

La direction a voulu imposer à ceux du centre-ville de Nantes, pour 2014, deux semaines de sécabilité de plus qu'en 2013, soit dix au lieu de huit. Mais il y a eu un os : le ras-le-bol des facteurs qui, au bout de 48 heures de refus d'emporter le travail supplémentaire, ont fait reculer la direction.

Cette attaque arrivait après de multiples autres : déjà l'an dernier il y avait eu l'annulation du nombre limite de lettres recommandées à emporter, la deuxième présentation des lettres recommandées lorsque les usagers sont absents, ce qui rajoute du travail. Mais surtout, maintenant, la suppression de 15 emplois a été annoncée (10 % de l'effectif), puis la décision de la direction du courrier Loire-Atlantique-Vendée de ne plus payer le personnel, comme avant, pour la distribution des plis électoraux des élections municipales et européennes. La direction a même donné l'ordre au centre de tri, la PIC d'Orvault, de trier en priorité les plis électoraux, le reste du courrier devant attendre.

Premier coup de colère, le vendredi 21 février : après un rassemblement à la fin du service, une quarantaine de travailleurs sont allés demander à la permanence électorale du PS, située tout à côté, de dénoncer les manoeuvres de la direction quant aux plis électoraux. La réponse a été « Pas au courant », malgré l'article de Ouest-France du 1er février et un communiqué de la CGT envoyé à la permanence. Les points sur les « i » ont été mis : si la direction s'entête à vouloir baisser nos revenus, leurs plis électoraux ne seront pas distribués sur une bonne partie de Nantes, voire au-delà.

Jusqu'au mardi suivant, la direction a fait la sourde oreille. Et mercredi 26 février, jour J de la nouvelle sécabilité, les facteurs ont refusé d'emmener « les rues sécables ». La direction a alors envoyé ses cadres menacer. Mais, comme l'a dit une factrice à son cadre : « Je ne suis pas une virulente, mais là c'est trop : je ne ferai pas la séca. » La direction a ensuite ordonné aux « facteurs d'équipe », qui en principe font les tournées des absents, de ne pas sortir les distribuer : des usagers n'ont donc pas eu leur courrier.

Après les menaces, la direction a sorti le bâton et fait signer à la plupart des facteurs un document dans lequel ils devaient reconnaître avoir refusé d'emmener les rues en plus. Mais c'était trop tard : les facteurs avaient pris goût à la lutte, étaient désormais trop heureux d'avoir réussi à agir tous ensemble, tous secteurs confondus, et décidés à ne pas céder.

La direction a donc dû revoir sa copie, et temporise : on reste à huit semaines, mais elle rediscutera d'une contrepartie dans deux mois, comme par exemple d'imposer les travaux intérieurs de la sécabilité cet été. En mai, cela risque donc de surchauffer à nouveau !

Correspondant LO