Israël : Les immigrés africains manifestent contre les discriminations09/01/20142014Journal/medias/journalnumero/images/2014/01/une2371.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Israël : Les immigrés africains manifestent contre les discriminations

Plus de 30 000 migrants africains clandestins ont manifesté, dimanche 5 janvier à Tel-Aviv, pour protester contre l'adoption d'une loi autorisant le placement en rétention sans procès jusqu'à un an des « infiltrés », terme employé par les autorités israéliennes pour désigner les immigrés entrés illégalement dans le pays.

Cette mobilisation est d'autant plus impressionnante que leur nombre est estimé au total à environ 55 000, d'après le ministère de l'Intérieur israélien, et que cela exposait ceux qui y participaient au risque d'être arrêtés. Les organisateurs ont appelé à trois jours de grève qui pourraient affecter surtout l'hôtellerie-restauration et le bâtiment où ces immigrés sont le plus souvent employés.

Cette loi particulièrement inique, adoptée le 10 décembre dernier, se refuse à différencier les immigrants dits « économiques » des réfugiés politiques. Ils se voient réserver le même sort, la détention dans deux types de centres : dans les uns, dits « ouverts », les immigrés arrêtés seront enfermés la nuit et devront pointer auprès de l'administration carcérale trois fois par jour, sans que la loi fixe aucune limite à la durée de leur détention ; en revanche, dans les centres dits « fermés », la détention serait limitée à un an. C'est déjà le sort subi par plus de 2 400 Africains, incarcérés dans la prison de Saharonim, située à 3 kilomètres de la frontière égyptienne, dans la fournaise du désert du Néguev, sans jamais avoir été ni condamnés, ni même jugés.

Avec cette loi, le gouvernement cherchait d'ailleurs à redonner un fondement légal à cette situation car, en septembre 2013, la Cour suprême israélienne avait jugé inconstitutionnelles les dispositions législatives précédentes qui permettaient d'incarcérer des migrants illégaux sans jugement pendant trois ans.

Depuis les années 2000, au moment de la deuxième Intifada, le gouvernement israélien avait interdit aux Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza l'entrée en Israël. Pour les remplacer dans les emplois les moins qualifiés qu'ils occupaient dans l'économie israélienne, l'immigration avait été favorisée en provenance notamment d'Asie du Sud-Est et d'Afrique.

La frontière terrestre avec l'Égypte avait aussi favorisé l'entrée en Israël de milliers d'Africains, majoritairement issus d'Afrique de l'Est, du Soudan et d'Érythrée principalement. Mais des Africains venant de bien d'autres pays, comme des Ivoiriens par exemple, avaient aussi tenté leur chance.

Quelques années plus tard, le gouvernement israélien a changé d'attitude et a engagé une « lutte contre l'immigration illégale », élevant une barrière métallique de cinq mètres de haut, hérissée de barbelés, sur les 240 kilomètres de sa frontière avec l'Égypte et ouvrant des « centres de rétention ».

Depuis sa création, Israël prétend être un havre, mais seulement pour la population juive. Moyennant quoi il est devenu une prison pour la population arabe, y compris dans les Territoires occupés. Il se révèle aussi une prison pour les autres migrants... et pour la population juive elle-même, dont une bonne part est réduite au rôle de gardien de camps.

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