Vote blanc : les députés ne sont pas pressés de le reconnaître

04 Décembre 2013
Les députés ont voté une proposition de loi visant à faire reconnaître le vote blanc aux élections. Mais ils ont toutefois repoussé cette mesure après les prochaines municipales.

Depuis longtemps, des électeurs revendiquent que les bulletins blancs soient différenciés des nuls, avec lesquels ils sont jusqu'à aujourd'hui comptabilisés, et qu'ils soient considérés comme un suffrage exprimé. En effet un bulletin nul peut ne rien signifier du tout : il peut avoir été déchiré ou maculé par accident. Par contre, un bulletin blanc témoigne forcément de la volonté d'un électeur de dire qu'il ne se reconnaît dans aucun des candidats en présence.

Si les députés ont voté le principe d'un décompte séparé des votes nuls et blancs, ils n'ont toutefois pas accepté que ceux-ci soient intégrés dans les suffrages exprimés. Il s'agit de ne pas voir « la légitimité d'un élu entamée », ont expliqué les députés car, en intégrant le vote blanc, on pourrait se retrouver dans la situation d'un candidat élu au deuxième tour avec moins de 50 % des suffrages exprimés. Cela aurait été le cas, par exemple, de Hollande en 2012... On pourrait répondre à ces députés que ce ne serait là rien d'autre que reconnaître la vérité.

Comme le texte doit repartir pour examen au Sénat, cette mesure, qui manifestement ne déchaîne pas l'enthousiasme des parlementaires, ne s'appliquera pas très rapidement. Pourtant, en elle-même, elle ne représente aucun danger pour ces politiciens et pour le système politique.

Le vote blanc ne permet pas aux électeurs de dire ce qu'ils reprochent au système politique et à ceux qui le dirigent. Voter blanc ne permet pas non plus d'exprimer la moindre idée sur la société, sur son organisation, sur la domination d'une minorité de très riches sur l'ensemble de la société. Mais le système électoral est tel qu'il ne laisse parfois à l'électeur aucune autre possibilité d'exprimer son désaccord lors du vote, notamment lors de seconds tours où il n'a plus le choix qu'entre la peste et le choléra, ou bien entre blanc bonnet et bonnet blanc.

C'est bien pourquoi d'ailleurs la reconnaissance du vote blanc est si dure à passer chez les parlementaires. Car, au fond, c'est aussi reconnaître que leur système politique ne représente qu'eux-mêmes.

Marc RÉMY