Heuliez (Deux-Sèvres) : Des travailleurs passés par pertes et profits26/09/20132013Journal/medias/journalnumero/images/2013/09/une2356.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Heuliez (Deux-Sèvres) : Des travailleurs passés par pertes et profits

Heuliez, une entreprise de carrosserie automobile implantée dans le nord des Deux-Sèvres, comptait encore 1 500 travailleurs en 2008 (les effectifs étaient même montés jusqu'à 3 000, en 2005). Aujourd'hui, après avoir été dépecée par des capitalistes en recherche d'argent public et de profits immédiats, une de ses entités est en phase de liquidation.

Lorsque la famille Queveau, l'ancien propriétaire (une des fortunes de la région), décida de passer la main en 2009, l'entreprise fut vendue pour... 30 000 euros au « sauveur » d'alors, le cabinet de conseils BKC (Bernard Krief Consultant), spécialisé dans le rachat d'entreprises en difficultés, à la tête duquel officiait le financier Louis Petiet. Le conseil régional, présidé par Ségolène Royal, et le gouvernement de droite de l'époque, injectèrent alors, respectivement, cinq et dix millions d'euros dans l'affaire. Petiet, quant à lui, n'apporta jamais les financements promis, mais revendit l'affaire – avec profit – en 2010.

L'entreprise fut alors coupée en deux : Mia Electric (fabricant de petits véhicules électriques) qui, après des difficultés et un nouveau changement de propriétaire en juin 2013, compte aujourd'hui 210 travailleurs, et Heuliez SA orientée vers le secteur de la carrosserie, que possédait jusqu'alors la holding BGI. Avant de déposer le bilan au printemps dernier, cette dernière avait vendu une partie de l'activité à une filiale d'Eurocopter.

C'est le sort de cette dernière entreprise, et de ses 290 salariés, qui sera discuté au tribunal de commerce de Niort, le 30 septembre, avec en perspective une liquidation pure et simple. La région, qui avait transformé une avance remboursable de 2,4 millions d'euros à BGI, en injection de capital en mars 2013, parle maintenant de monter une société d'économie mixte (SEM) afin, dit-elle, de conserver l'outil de travail... jusqu'à d'hypothétiques nouvelles commandes.

Le groupe capitaliste espagnol Cosmos, qui semble intéressé pour reprendre ce qu'il reste de l'entreprise, cherche surtout à faire monter les enchères pour s'assurer un maximum de financements publics. Quant aux travailleurs, seuls une quinzaine garderaient leur emploi, et ce n'est pas les 10 000 euros de prime supralégale de licenciement (que n'a d'ailleurs toujours pas accordée BGI) qui permettra de dégager un avenir bien incertain pour les 275 autres qui seront licenciés.

Pour les travailleurs d'Heuliez, cette longue descente aux enfers dure depuis des années. Si les subventions publiques, toujours votées à l'unanimité des conseillers régionaux de droite comme de gauche, n'ont pas empêché les centaines de suppressions d'emplois, elles n'ont pas été perdues pour tout le monde. Les rapaces qui jouaient au repreneur ont été grassement payés alors même qu'ils sacrifiaient les emplois. Évoquant Heuliez, Arnaud Montebourg a parlé lundi 23 septembre d'une entreprise qui n'avait « pas d'avenir ». Ces propos ont dû rester en travers de la gorge des travailleurs qui perdent leur emploi du fait de la rapacité patronale, à laquelle Montebourg et les siens ne trouvent rien à redire.

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