Gaz de schiste : les appétits de l'industrie pétrolière

25 Juillet 2013
Après qu'Arnaud Montebourg eut réclamé une « exploitation écologiste » du gaz de schiste par une compagnie publique, Hollande a réaffirmé le 14 juillet que son gouvernement ne reviendrait pas « durant ce quinquennat » sur cette interdiction. Delphine Batho, ex-ministre socialiste de l'Écologie, limogée du gouvernement, a accusé « les forces économiques liées au gaz de schiste » d'être responsables de son éviction. Derrière ces agitations, on sent les appétits des industriels pour un gisement... de profits potentiels.

Le gaz de schiste, c'est du gaz ou de l'huile pétrolifère dispersés dans les couches profondes de schiste. Des estimations laissent entrevoir que le sous-sol d'un large arc sud-est allant de Montélimar à Montpellier regorgerait de ce gaz, tandis que celui du bassin parisien contiendrait du pétrole. La quantité de gaz disponible pourrait représenter plusieurs décennies de la consommation nationale.

Mais la seule technique opérationnelle pour recueillir ce gaz est celle dite de la fracturation hydraulique. Cela consiste à forer un trou de 2 à 3 000 mètres de profondeur puis à injecter un mélange d'eau, de sable et de divers produits chimiques sous haute pression pour fracturer le schiste qui contient des bulles de gaz. Libéré, le gaz remonte à la surface – avec l'eau et toutes les substances polluantes.

Or, s'appuyant sur des observations faites aux États-Unis et au Canada où la technique est pratiquée à grande échelle, les opposants à ces forages dénoncent les ravages sur l'environnement : consommation massive d'eau, pollution des nappes phréatiques, fuites de gaz...

La question principale, c'est l'économie de marché

Dans cette affaire des gaz de schiste, comme pour toute la production d'énergie, la question principale n'est pas la technique. Totalement maîtrisée, mise en oeuvre en toute transparence, après avoir collectivement mesuré les risques pour les riverains, pour les travailleurs qui les mettent en oeuvre, ou encore pour la nature, il n'y a pas de raison que l'humanité s'interdise l'utilisation de telle ou telle technique si elle représente vraiment un moyen efficace de satisfaire les besoins énergétiques de la collectivité.

Mais dans cette économie de marché où les moyens de production appartiennent à des sociétés privées, ce sont elles qui contrôlent la « politique énergétique » de la planète. Soumises à une concurrence acharnée et mues par le seul profit, elles sont prêtes à faire prendre tous les risques, aux travailleurs comme aux riverains, pour emporter un marché. Avec un pétrole de plus en plus cher, des techniques complexes et coûteuses, comme l'extraction du gaz de schiste ou l'exploration pétrolière offshore en eaux très profondes, sont devenues rentables. Le secteur pétrolier est prêt à balayer tous les obstacles pour les mettre en oeuvre. Et il trouve à chaque étape des complicités dans l'appareil d'État.

En France, le ministère Borloo avait accordé des permis d'exploration sans même vérifier la technique utilisée. Aux États-Unis, le géant du secteur, Halliburton, a invoqué le « secret industriel » pour refuser de communiquer aux autorités la composition chimique du mélange injecté dans les forages de gaz de schiste. Son ancien PDG, Dick Cheney, qui fut vice-président de George W. Bush, avait pris soin de faire voter une loi protégeant ce secret.

Xavier LACHAU