SNCF : après la grève du 13 juin Un succès qui en appelle d'autres...

19 Juin 2013
De l'aveu même de la direction de la SNCF, la grève a été une réussite : 70 % de grévistes chez les agents de conduite et les contrôleurs, une participation très importante dans certains ateliers de réparation du matériel, aux guichets de bien des gares et dans de très nombreux secteurs. « On a marqué le coup » et « à la rentrée, faudra recommencer », « pas question d'en rester là » : telles étaient les remarques entendues dans les rassemblements, les manifestations et les nombreuses discussions qui ont ponctué cette journée.

Les cheminots ont répondu présents, même s'ils savaient qu'une journée ne suffira pas pour faire reculer la direction de la SNCF et le gouvernement. Ils ont tenu à manifester leur opposition à la réforme qui se prépare contre eux, au nom de la compétitivité et de la concurrence, mais aussi leur ras-le-bol face aux suppressions de postes, aux congés refusés, aux embauches qui ne viennent pas, à l'insécurité qui se développe par manque de personnel, aux attaques contre les retraites qui se profilent, etc.

Du côté des directions syndicales, aucune suite à cette journée n'est prévue et encore moins préparée. Dans les interventions faites lors des rassemblements régionaux de grévistes, la CGT en particulier a axé son discours sur son propre projet industriel opposé à celui de la direction de la SNCF. Mais ce n'est pas une autre stratégie industrielle qu'il faut opposer à la direction de la SNCF et, derrière elle, au gouvernement ! Ce qu'il faudrait leur opposer, c'est une véritable stratégie de lutte, dans la perspective de leur faire ravaler leur politique antiouvrière.

Voici quelques échos de la journée de grève du 13 juin.

dans la région lyonnaise

Seuls 220 trains ont circulé, sur 1 300 en temps normal, soit un sur six. La participation était importante dans tous les secteurs. La manifestation de plusieurs centaines de cheminots a ponctué la journée de façon dynamique. Ils dénonçaient le projet de division de la SNCF. Mais surtout ils ont montré qu'ils ne voulaient pas voir leurs conditions de travail revues à la baisse.

au dépôt d'Orléans-les Aubrais

La grève a été très suivie, y compris par la maîtrise. La réforme contre laquelle s'est faite cette journée, en prétendant « réunifier le système ferroviaire », va en fait le morceler un peu plus : elle créerait trois entités distinctes, une regroupant tout ce qui est infrastructure, l'autre se chargeant du transport, probablement dans l'idée de rendre plus profitable cette branche afin de la privatiser à terme. Le tout serait chapeauté par la troisième entité.

Outre la crainte de nombreux cheminots d'être divisés et affaiblis, c'est la dégradation du travail et de l'organisation qui inquiètent. La direction veut en profiter pour supprimer par exemple dix à quinze journées de repos et réduire les repos doubles (équivalents des week-ends) de 52 à 25 par an. Une des préoccupations qui revient le plus souvent concerne le travail de nuit, qui se généralise sur les voies. La direction l'impose avec cinq nuits de suite, au lieu des quatre qui se faisaient auparavant, et cela malgré onze accidents mortels en France en 2012.

Une autre préoccupation est la précarisation du personnel. Beaucoup d'embauches se font au coup par coup (CDD, intérim, etc.). La direction profite du statut précaire de ces travailleurs pour les utiliser comme bon lui semble, en les baladant de poste en poste, pendant des mois, voire des années. D'autres inquiétudes se sont exprimées lors de cette journée, comme celle concernant les retraites.

à Nantes

Là aussi, la grève a été bien suivie. Auxiette, l'auteur (avec Bianco) du rapport sur la réforme, est aussi président du conseil régional des Pays de la Loire. Les grévistes sont donc partis à quelque 250 en manifestation pour protester sous ses fenêtres. Ils y ont retrouvé les postiers, qui eux aussi étaient en grève ce jour-là. Les discussions ont porté sur la réforme, mais aussi sur les retraites : « À la rentrée, ils vont s'attaquer aux régimes spéciaux, et donc à nos retraites. Il faudra agir. »

à Rennes

40 % de grévistes sur l'ensemble de la région Bretagne, un très bon chiffre, qui n'avait pas été atteint depuis plusieurs années. Les rassemblements, même organisés de façon dispersée, ont regroupé de nombreux travailleurs.

et en région parisienne

Dans l'ensemble de la région parisienne, la grève a été très bien suivie.

Un exemple : au Technicentre de Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne), les grévistes ont été jusqu'à 85 % à l'atelier du Transilien. Au dépôt de la manoeuvre, les travailleurs avaient déjà fait grève début avril sur une revendication locale touchant aux conditions de travail. Le 13 juin, ils étaient de nouveau en grève à près de 70 %. Il faut dire que la direction du Transilien projette de généraliser le travail en décalé, c'est-à-dire de réorganiser les journées de travail sans qu'il y ait jamais les mêmes horaires d'embauche et de débauche.

Correspondant LO