Extrême droite : un danger pour toute la classe ouvrière

12 Juin 2013

Mercredi 5 juin, le jeune Clément Méric a été frappé à mort par des skinheads. Son tort ? Avoir été antiraciste et ne pas l'avoir caché. Les groupuscules d'extrême droite n'en sont pas à leur premier coup. Armés, ils s'entraînent à frapper et agressent ceux dont la tête ou les idées ne leur plaisent pas, étrangers, homosexuels, ou encore militants de gauche, au hasard des rencontres.

Ce meurtre politique aurait pu survenir n'importe quand, mais il s'est produit après les manifestations contre le mariage homosexuel, transformées en démonstration de force de la droite réactionnaire. Il s'est produit alors que des groupes violents ont profité de ces manifestations pour se mobiliser, faire de la surenchère et multiplier les agressions.

On ne peut pas se contenter de déplorer une bagarre qui a mal tourné. Cet assassinat doit d'autant plus nous alerter qu'il y a dans le pays un climat qui favorise le renforcement du Front national et de ces groupuscules fascisants.

Quoi qu'en dise Marine Le Pen, les deux vont de pair. Depuis qu'elle a pris la tête du FN, elle dit avoir exclu ceux qui affichaient des idées fascisantes. Elle a compris que les petits patrons antiouvriers, les calotins et les ex-légionnaires ne suffiraient pas à la faire élire. Pour brasser plus large, il lui faut donc rendre le FN plus présentable.

Mais le Front national s'est créé et continue de prospérer sur l'idéologie raciste et nationaliste, sur la perspective d'un régime autoritaire et haineux à l'égard des pauvres et impitoyable avec les travailleurs et leurs organisations. Jean-Marie Le Pen, qui a été dans sa jeunesse un pilier de l'extrême droite fascisante, et parachutiste dans l'armée tortionnaire pendant la guerre d'Algérie, ne s'en est jamais caché.

Même quand Le Pen fille cherche à donner au FN une allure respectable, sa politique empeste le racisme. Le FN prétend se battre pour que chacun ait un emploi et un logement, mais c'est à condition d'être français. Il s'oppose à la baisse des allocations familiales pour les Français ; pour les travailleurs immigrés, il défend leur suppression !

Il n'y a donc rien d'étonnant de voir des nervis à croix gammée grenouiller dans le milieu du FN. Et rien de surprenant à ce que Marine Le Pen elle-même soit liée personnellement à ces gros bras. Plus le FN se renforcera, plus ces gens-là se sentiront confortés.

Il serait naïf de croire qu'une dissolution administrative nous protégera de ces groupes qui se reconstitueront aussitôt dissous. La crise, l'aggravation du chômage et de la misère ne manqueront pas de renforcer le nationalisme, les préjugés xénophobes, les idées protectionnistes.

La droite prétend combattre le Front national... en reprenant ses idées ! C'est la raison pour laquelle Sarkozy avait lancé le fameux débat sur l'identité nationale et s'en était pris aux Roms. C'est pourquoi Copé s'est inquiété du vol d'un pain au chocolat en plein ramadan et des prières de rue.

Le rapprochement de la droite et de l'extrême droite est tel que certains dirigeants de l'UMP n'ont pas été gênés de manifester contre le mariage homosexuel aux côtés des députés FN. Et combien se préparent à s'allier au FN lors des élections municipales ?

Mais, pendant que la droite court derrière le Front national, le Parti socialiste court derrière la droite.

Alors que la gauche dans l'opposition critiquait les expulsions de sans-papiers, c'est elle qui se retrouve aujourd'hui à les ordonner et à les justifier. Alors qu'elle dénonçait un « traitement inhumain » des Roms, c'est elle maintenant qui les chasse et les accable. Alors qu'elle avait promis le droit de vote aux étrangers non européens aux élections locales, elle y renonce !

Chacun de ces reniements renforce l'extrême droite. Mais elle prospère aussi et surtout sur la démoralisation engendrée par la politique antiouvrière du gouvernement, qui pousse les plus désespérés et les plus déboussolés à voter FN.

Alors, n'en doutons pas, le gouvernement de gauche sera aussi impuissant face à la montée de l'extrême droite qu'il l'est aujourd'hui face aux diktats patronaux.

Dans l'avenir, les travailleurs auront donc à se défendre non seulement contre les attaques patronales, mais aussi sans doute contre celles de groupes d'extrême droite. Les travailleurs en ont la force. S'ils prennent conscience de leurs intérêts matériels et politiques et se battent pour, ils trouveront la voie de l'unité.

Qu'ils soient français ou étrangers, les travailleurs ont besoin d'un emploi, d'un salaire et d'une retraite pour vivre. Le ciment de leur unité doit être leurs intérêts de classe.

Éditorial des bulletins d'entreprises du 10 juin