Syrie : vers l'éclatement du pays ?

29 Mai 2013
Le 27 mai, à l'initiative de la Grande-Bretagne et de la France, les 27 pays de l'Union européenne sont parvenus à grand- peine à un accord sur la levée de l'embargo sur les livraisons d'armes à l'opposition syrienne, avec cependant suffisamment de restrictions et de limites pour suggérer que les armes ne seront pas livrées de sitôt.

En effet, les États membres de l'Union doivent se retrouver en août prochain pour décider quelle suite concrète ils donneront à cette décision. De toute manière, les éventuelles livraisons seraient soumises à des critères stricts comme la délimitation précise des destinataires. On nous dit aussi qu'elles doivent servir « à la protection des civils », ce qui est une belle hypocrisie.

De toute façon, comme l'a clairement dit le ministre britannique William Hague, principal défenseur du texte adopté, « bien que nous n'ayons pas de plan immédiat pour envoyer des armes en Syrie, la levée de l'embargo nous donne la flexibilité de le faire à l'avenir si la situation continue de se détériorer ». Ce n'est donc pas pour tout de suite.

Cette levée formelle de l'embargo ne tombe pas par hasard, alors qu'en juin une conférence internationale doit se tenir à Genève, à l'initiative des États-Unis et de la Russie. Numérotée Genève 2, elle fera suite à celle qui avait réuni les cinq membres du Conseil de sécurité des Nations unies (États-Unis, Chine, Russie, Grande-Bretagne, France) et des représentants de l'Irak, du Qatar, du Koweït, de la Turquie et de l'Union européenne. Cette fois, il devrait y avoir des représentants du régime et de l'opposition syrienne. La décision européenne pourra ainsi jouer son rôle dans le marchandage auquel les participants ne manqueront pas de se livrer avec le régime de Bachar Al-Assad.

Depuis deux ans, les dirigeants occidentaux ont soigneusement veillé à ne pas s'engager directement en Syrie. Et ils sont d'autant plus circonspects aujourd'hui que le régime de Bachar Al-Assad, après avoir semblé chanceler, a regagné du terrain, comme il l'a fait à Al-Qoussayr, principal point de passage des livraisons d'armes à destination de l'opposition en provenance du Liban. Le régime Assad a l'appui militaire de la Russie, mais il a aussi reçu sur le terrain le soutien de combattants de son allié libanais le Hezbollah. Et il est maintenant accusé d'utiliser des armes chimiques.

Lorsque la contestation a commencé en 2011 contre le régime d'Assad, les grandes puissances n'ont pas levé le petit doigt pour la soutenir, n'ayant nullement l'intention de favoriser un soulèvement populaire contre un régime qui était pour elles au moins un gage de stabilité. Puis la contestation populaire a fait place à une guerre civile entre le régime Assad et des milices soutenues par le Qatar, l'Arabie saoudite et la Turquie et où dominent de plus en plus des combattants jihadistes.

Du coup, les dirigeants occidentaux, pas fâchés au départ d'affaiblir le régime d'Assad par l'intermédiaire de leurs alliés régionaux et des milices qu'ils soutiennent, sont embarrassés, ne souhaitant ni s'engager directement, ni voir surgir à Damas un régime islamiste.

Dans ces conditions, la guerre civile ne peut que continuer, la population syrienne étant prise en étau entre une dictature féroce et des milices d'opposition qui ne valent pas mieux. En attendant peut-être un éclatement total du pays, qui ne ferait que s'ajouter à l'éclatement croissant du Moyen-Orient déchiré entre les rivalités des différents régimes. Des rivalités qui sont elles-mêmes alimentées par les manœuvres d'impérialistes occidentaux dont la seule véritable politique est, au fond, toujours la même : diviser pour régner. On voit le résultat.

Jacques FONTENOY