Salaires des patrons : un nouveau recul du gouvernement

29 Mai 2013
Le gouvernement renonce à toute vélléité d'encadrer les salaires des patrons. C'est ce qu'a annoncé Pierre Moscovici, le ministre de l'Économie et des Finances. Laurence Parisot, la présidente du Medef, a aussitôt salué son « bon sens ».

La loi promise par Jean-Marc Ayrault le 20 mars dernier n'aura donc pas duré longtemps. Ses contours étaient restés totalement flous, ce qui laisse à penser que personne n'y a jamais cru sérieusement. La porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, avait uniquement précisé par avance qu'il n'était pas question de limiter l'écart entre les plus bas et les plus hauts salaires de un à vingt, comme cela a été fait dans les entreprises publiques. Autant dire que cette loi n'aurait eu de toute façon rien de contraignant. Son annonce n'était qu'un geste symbolique, un bluff de plus pour faire croire aux travailleurs que le gouvernement socialiste répartit équitablement les sacrifices. Cela n'a pas empêché le patronat de monter violemment au créneau contre toute idée de réglementation supplémentaire et, sur ce dossier comme sur bien d'autres, François Hollande a reculé en quatrième vitesse.

Pierre Moscovici s'en remet donc au patronat pour fixer lui-même un code de gouvernance destiné à encadrer ces salaires. En fait, un tel code existe depuis 2008, et il n'a pas empêché les sommes versées aux dirigeants d'exploser. La rémunération moyenne des PDG des entreprises du CAC 40 est passée depuis cette date de 1,91 à 2,32 millions d'euros par an, soit 21 % d'augmentation.

Aujourd'hui, Moscovici fait semblant de croire que le Medef va durcir ce code. C'est ce qu'il appelle « l'autorégulation exigeante ». Il n'en sera rien, et de toute façon un tel code n'aurait rien de contraignant. Les actionnaires de sociétés comme L'Oréal, Sanofi ou Total sont prêts à verser de telles sommes aux hommes et aux femmes qu'ils estiment les plus capables de faire fructifier leur capital car, si faramineux que soient ces chiffres, ils ne représentent qu'une faible proportion de ce que touchent les possesseurs de ces entreprises, Liliane Bettencourt pour L'Oréal par exemple.

Le gouvernement ne voulait pas les empêcher de verser ces rémunérations indécentes aux PDG de leurs sociétés, mais tout juste faire un peu semblant. Il n'en a même pas été capable.

Daniel MESCLA