Nouvelle-Calédonie : grève contre la vie chère

29 Mai 2013
Pendant douze jours, du 15 au 27 mai, à l'appel de la plupart des syndicats, une grève générale a eu lieu en Nouvelle-Calédonie pour protester contre la vie chère, avant qu'un accord ne soit trouvé.

Les manifestations qui se sont succédé dans différentes villes, les barrages routiers, le blocage du port, de dépôts d'hydrocarbures, de banques et d'hypermarchés, ainsi que des mouvements de grève dans trois mines de nickel ou l'annulation des vols de la compagnie aérienne Aircal jeudi 16 mai, montrent que la population s'est largement mobilisée.

Selon des statistiques, la vie dans ce Territoire d'outremer serait 35 % plus chère qu'en métropole. Mais dans la réalité, c'est au moins 50 %, et beaucoup plus lorsqu'il s'agit de produits alimentaires frais. Une comparaison entre des produits d'une même enseigne montre que le prix des fruits et légumes est deux fois et demie supérieur, celui des produits laitiers est multiplié par cinq : les bananes par exemple, vendues 1,70 euro le kilo en métropole, coûtent 4,15 euros en Nouvelle-Calédonie ; des yaourts vendus 2,29 euros en France coûtent 13,36 euros, etc.

L'insularité, la distance d'avec la métropole n'expliquent pas cette différence de prix, le coût du transport n'intervenant que pour 4 % dans le total. En fait, les syndicats dénoncent un système économique « de type colonial » et une société à deux vitesses où une minorité de gens « se gavent », ayant entre leurs mains le pouvoir économique et politique, tandis que « les familles sont étranglées ».

Les revenus issus de l'extraction et du traitement du nickel, la principale richesse de la Nouvelle-Calédonie, ainsi que de l'essor du tourisme ces dix dernières années sont accaparés par des capitalistes occidentaux ou par les Caldoches, les descendants des anciens colonisateurs. L'ancien affairiste Jacques Lafleur, dirigeant du RPR local, et depuis sa mort, son clan familial sont le symbole de cette couche sociale arrogante de profiteurs qui concentrent richesse et pouvoir et continuent à se comporter en colons, à l'image des « Békés » antillais. Les affaires de la famille Lafleur touchent la production de nickel et de chrome, l'exploitation forestière, la cimenterie, la production de lait, de viande, de boisson, l'immobilier de luxe, des complexes hôteliers, le paramédical, la presse, etc.

Ce sont ces gens-là qui fixent les prix : en dix ans, entre 1998 et 2006, le taux des marges bénéficiaires est passé de 32,5 % à 47 %. Dans la construction, le taux de profit est de 22 %, contre 6 à 9 % en métropole. À cela s'ajoute une fiscalité particulièrement complaisante à leur égard, puisqu'ils ne sont pas assujettis à l'ISF, que les plus-values immobilières ne sont pas imposées, qu'ils ne paient pas de redevance sur les tonnes de minerais extraites et qu'ils répercutent sur les consommateurs les nombreuses taxes sur les produits, dont celles à l'importation.

À l'autre bout de l'échelle sociale se situent les Kanaks, le peuple originaire de Nouvelle-Calédonie, vivant majoritairement dans les terres pauvres du nord et de l'est et dans les îles Loyautés, ainsi que des populations mélanésiennes originaires de l'Asie du sud-est. La hausse continue des prix les frappe d'autant plus qu'ils ne profitent en rien de l'essor, en grande partie lié à la spéculation, de ces dernières années et connaissent un taux de chômage supérieur à 20 %.

Il n'est pas étonnant que, dans ces conditions, l'exaspération face à cette profonde inégalité sociale ait amené la population pauvre calédonienne à faire grève et à descendre dans la rue. Par leur mouvement, les grévistes ont obtenu la signature d'un accord qui prévoit une baisse immédiate du prix de 300 produits alimentaires et d'hygiène et le gel de ces prix jusqu'en décembre 2014.

Marianne LAMIRAL