Industrie du médicament : des cobayes humains pour plus de profits

29 Mai 2013
L'hebdomadaire allemand Der Spiegel vient de jeter un coup de projecteur sur les procédés des trusts pharmaceutiques, procédés où le respect du patient compte pour peu au regard des profits attendus.

Cette publication a révélé comment, dans les années 1970-1980, des groupes pharmaceutiques de RFA (République fédérale d'Allemagne) ont profité de la division du pays pour tester certains de leurs médicaments en République démocratique allemande (RDA). Plus pauvre que la RFA, l'ex-Allemagne de l'Est acceptait volontiers des contrats avec des firmes ouest-allemandes, ce qui lui permettait d'acheter du matériel à l'Ouest. Les donneurs d'ordre y trouvaient leur compte. Ils pouvaient procéder à des essais cliniques derrière le « rideau de fer », donc en toute discrétion et à moindre coût, généralement sans informer les patients du traitement et des risques encourus, parfois mortels.

En 2010, la télévision publique allemande avait déjà évoqué l'affaire, citant le chiffre de 2 000 patients ainsi traités. En fait, selon les archives du ministère de la Santé et de l'Agence du médicament de l'ex-RDA, ils seraient 50 000 patients à avoir servi de cobayes malgré eux, plusieurs en étant morts.

Dans la liste des sociétés ayant mené 600 essais cliniques de la sorte, on trouve une partie du gratin de l'industrie pharmaceutique européenne – Bayer, Hoechst, Schering, Boehringer, Pfizer, Sandoz. Certains de ces groupes ont depuis été rachetés ou ont fusionné avec d'autres, tels le français Sanofi ou le suisse Novartis.

Les groupes mis en cause affirment avoir respecté la réglementation en vigueur. C'est difficile à vérifier car le principal hôpital concerné à Berlin-Est a détruit ses archives au bout de trente ans. Le hasard faisant décidément bien les choses pour les industriels, les entreprises visées ont connu de multiples restructurations, ce qui rend les recherches difficiles.

Depuis 1989, la RDA a fusionné avec la RFA et la grande majorité de l'Europe de l'Est a rejoint l'Union européenne. Les laboratoires pharmaceutiques ont alors cherché plus loin, surtout en Afrique, vu la quasi-absence de contrôles. Cela n'a pas suffi à éviter que n'explosent des scandales impliquant des laboratoires, notamment autour d'essais pour un antiviral utilisé contre le sida. Le Nigeria, le Cameroun ou le Cambodge ne fermant pas assez les yeux sur leurs pratiques, les industriels de la pharmacie se sont ensuite tournés vers la Thaïlande, le Botswana, le Malawi, le Ghana, l'Inde...

Comme le monde regorge de pauvres, qui n'ont parfois pas d'autre choix pour survire que de risquer leur santé et leur vie, les capitalistes du médicament et leurs profits ont encore de beaux jours devant eux.

Pierre LAFFITTE