Grande-Bretagne : le meurtre de Woolwich et les crimes de l'impérialisme britannique

29 Mai 2013
Lee Rigby, un tambour de l'armée britannique est mort à 25 ans à Woolwich, au sud de Londres, le 22 mai, sans doute pris pour cible parce qu'il portait le T-shirt d'Aidez nos héros, une association d'aide aux soldats blessés au combat. Cet assassinat absurde, qui a été vu quasiment en direct grâce aux vidéos prises par des témoins, a avant tout choqué par son caractère sanglant, ses meurtriers ayant usé d'instruments de boucherie. Mais il a aussi marqué par la justification qu'ils en ont donnée : « Tous les jours des musulmans meurent aux mains de soldats britanniques. »

Dans ses premières annonces, la BBC parla de deux assaillants « d'apparence musulmane » hurlant « Allah est grand ». Mais elle fut rapidement contredite par les vidéos où l'on voyait deux jeunes usant d'un langage qui n'avait rien de spécialement intégriste, mais qui parlaient avec un fort accent londonien, étaient d'origine africaine et ressemblaient aux milliers de jeunes en jeans et T-shirt de la capitale.

La BBC devait révéler plus tard que cette tentative de désinformation émanait des services de Cameron et s'en excusa. Mais le mal était fait. L'extrême droite raciste, en particulier la Ligue de défense de l'Angleterre, s'était déjà emparée de l'événement pour organiser des manifestations antimusulmanes, et on faisait état de dizaines d'attaques contre des Asiatiques isolés et des mosquées.

Mais qu'importait pour le gouvernement, qui avait immédiatement sauté sur l'occasion pour faire de ce meurtre une affaire d'État. Dénonçant un complot majeur – qui, vu les moyens utilisés, n'était de toute évidence que pure invention –, Cameron avait réuni le Cobra, un comité interministériel en principe destiné à faire face à des situations telles qu'une menace de guerre ou de grève générale, tandis que les arrestations se multipliaient dans le pays. Pendant ce temps, son ministre de l'Intérieur Theresa May proclamait la nécessité de mesures de surveillance drastiques sur toutes les formes de communication, Internet et téléphoniques, et sur les mouvements des immigrés.

Mais derrière cette hystérie officielle, le gouvernement Cameron cherchait surtout à faire oublier deux faits embarrassants. D'une part le fait que les deux meurtriers étaient deux jeunes somme toute assez ordinaires, issus de la petite bourgeoisie d'origine nigériane, nés et éduqués à Londres, qui s'étaient convertis à l'Islam au contact de bandes de banlieue. Et d'autre part la façon dont ils ont motivé leur geste – les crimes de l'armée britannique en Afghanistan.

Car, bien que les activités de combat de l'armée britannique aient théoriquement cessé en mars dernier en Afghanistan, elle y a toujours 7 000 soldats, stationnés essentiellement dans la province d'Helmand, au sud du pays, où la résistance à l'occupation et au régime d'Hamid Karzai qui l'incarne reste très virulente.

Et Cameron a beau continuer à affirmer que cette occupation est nécessaire à la protection de la Grande-Bretagne, plus grand monde n'y croit. En revanche, en aidant les prêcheurs de l'Islam à poser en martyrs de l'impérialisme britannique, la guerre en Afghanistan pousse dans leurs bras des jeunes des minorités anglaises originaires des pays pauvres, souvent marginalisés dans une société en crise où le racisme reste omniprésent.

Al-Qaida est un épouvantail commode dans cette affaire, mais elle trouve son origine dans la pourriture d'un ordre impérialiste mondial qui se maintient contre les peuples. Et aucune mesure de répression ne pourra empêcher que cette pourriture suscite des actes de révolte, fussent-ils aussi aveugles et inutiles que le meurtre de Woolwich.

François ROULEAU