Crédit d'impôt compétitivité emploi : à qui encaissera la manne

29 Mai 2013

Le crédit d'impôt compétitivité emploi, le CICE, paquet cadeau de 20 milliards aux patrons voté à l'automne dernier, fait parler de lui. Certains grands groupes, usant de leur force, captent cette manne gouvernementale en forçant les fournisseurs et sous-traitants à baisser les prix.

Ce crédit d'impôt, entré en vigueur le 1er janvier dernier, profite normalement à toutes les entreprises, puisqu'il équivaut à 4 % de la masse salariale, hors salaires supérieurs à 2,5 fois le smic. En 2014, il sera même porté à 6 %. Pour ne pas faire attendre les patrons, le gouvernement a même prévu un préfinancement quasi automatique, immédiat et sans contrepartie.

Mécaniquement, les grandes sociétés, celles qui ont le plus grand nombre de salariés, devaient s'en accaparer la plus grande part. Mais cela ne leur suffit pas. Le gouvernement, par la voix des ministres Montebourg et Moscovici, a fait état de « racket » de certains grands groupes sur de plus petites entreprises, qui exigent d'elles des rabais.

Bien évidemment, cette pression des plus forts sur les autres n'est pas nouvelle. Chaque nouvel appel d'offres, chaque fin de contrat, chaque négociation commerciale sont l'occasion pour les plus puissants de pressurer un peu plus les autres, en menaçant de faire appel à la concurrence. Ce nouveau cadeau représenté par le CICE permet simplement d'invoquer un nouveau prétexte, en déclarant en substance aux sous-traitants : puisque vous bénéficiez d'un crédit d'impôt, vous pouvez nous en faire profiter en baissant vos prix.

Les rodomontades de Moscovici, qui menace d'alerter la justice ou invoque le code du commerce, ou celles de Montebourg, qui promet de prendre son téléphone et qui parle de racket, n'y changeront rien. Les grands groupes capitalistes font la loi, dans tous les sens du terme.

Montebourg a d'ailleurs ajouté qu'il préférerait miser sur l'appel « à la raison » de la part des grands groupes. Mais c'est exactement ce que font ces grands racketteurs, en s'appuyant sur leurs raisons à eux.

Bertrand GORDES