Autoliv-Isodelta – Chiré-en-Montreuil (Vienne) : une gestion patronale chaotique aux dépens des travailleurs

29 Mai 2013
Dans cette usine poitevine comptant près de 700 travailleurs, et où sont fabriqués des volants pour l'industrie automobile, les patrons annonçaient, voici près d'un an, un plan dit de compétitivité. Le projet de la direction, consistant à délocaliser des machines et une partie de la production vers la Roumanie, la Tunisie et la Turquie, n'a pour l'instant pas abouti comme elle le souhaitait. Mais elle n'en exerce pas moins une pression continue dans les ateliers pour que les à-coups de la production soient encaissés par les travailleurs, au mépris de leur santé et de leur vie familiale.

Le dernier exemple en date concerne le secteur de l'Assemblage, où le travail s'est arrêté le mercredi 15 mai, faute de composants. Pour rattraper le retard pris, les patrons ont fait pression pour trouver des « volontaires » afin de venir à l'usine le samedi suivant et le lundi de Pentecôte. Cette politique de la direction, considérant les travailleurs comme devant être disponibles à tout moment, dure maintenant depuis plusieurs mois. Elle fut appliquée lorsque les patrons, ignorant tout de leurs stocks, faisaient inventaire sur inventaire en imposant aux ouvriers dont ils n'avaient pas besoin de prendre sur leurs jours de congés. Ce fut également le cas, au moment où des volants revinrent de Tunisie, en mars dernier, suite à des mouvements sociaux dans ce pays. L'encadrement fit alors le tour des ateliers pour, à force de relances, faire accepter des heures supplémentaires afin de résorber le surplus de pièces à faire.

La faiblesse des salaires ouvriers sert de point d'appui aux patrons pour imposer ce travail supplémentaire. Depuis des années, les augmentations salariales sont en dessous de la hausse du coût de la vie et, pour l'année en cours, la direction a annoncé 0 % d'augmentation. Elle met en avant, chaque année, de prétendues pertes financières pour justifier les « efforts » continuellement demandés aux travailleurs. Pourtant, Autoliv-Isodelta est une filiale d'Autoliv, une multinationale suédoise (produisant ceintures de sécurité, airbags, etc.), dont les bénéfices se montent à plusieurs centaines de millions d'euros chaque année et qui, pour 2012, ont atteint 360 millions d'euros. Les actionnaires de ce groupe capitaliste sont, pour les plus importants d'entre eux, des fonds d'investissement, des banques, qui ont vu leurs dividendes croître de 207 % sur les trois dernières années !

Ainsi, ces capitalistes assurent leurs profits malgré la crise, en renforçant l'exploitation. Si les délocalisations du site poitevin vers d'autres sites de production n'ont pas le rythme attendu par les patrons, c'est une politique générale du groupe que de transférer des unités de production de France, d'Allemagne, vers des pays où les salaires ouvriers sont très bas, comme en Tunisie où ils atteignent à peine 300 euros. Quant aux prétendues pertes annoncées par la direction locale de Chiré, les actionnaires d'Autoliv ont bien des moyens pour les faire apparaître, par le jeu des redevances payées par la filiale au groupe ou bien par des facturations internes favorisant la maison-mère au détriment de la filiale, etc. Seul le contrôle des comptes de l'entreprise par les travailleurs permettrait de briser l'opacité comptable derrière laquelle se réfugient les capitalistes pour assurer leurs magouilles.

Si le travail ne manque pas, les patrons continuent de brandir les menaces de délocalisations pour maintenir la pression. À l'Assemblage, ils veulent imposer des reclassements aux ouvrières, dont certaines sont touchées par des incapacités professionnelles. Et, dans tous les ateliers, ils font la chasse aux arrêts maladie, pourtant liés à la dégradation des conditions de travail qu'ils imposent.

Il y a un an, la direction évoquait la nécessité de trouver de nouvelles productions à faire pour remplacer celle de volants. Dans les ateliers, les travailleurs ne voient toujours rien venir et l'inquiétude est bien réelle quant à l'avenir, d'autant plus que les patrons ont déposé des demandes de chômage partiel. Si l'atmosphère est pesante à l'usine, elle est aussi porteuse d'une colère qui devra éclater pour leur demander des comptes.

Correspondant LO