Aprochim – Laval : pollution aux PCB et chantage à l'emploi

29 Mai 2013

Jeudi 23 mai, le tribunal correctionnel de Laval, en Mayenne, a débouté la société Aprochim de sa plainte en diffamation à l'encontre de deux de ses salariés. Elle leur reprochait des propos tenus lors du tournage de l'émission Envoyé spécial en octobre 2012, l'un d'eux ayant en particulier affirmé que les filtres de la cheminée de l'usine n'étaient pas changés régulièrement.

Aprochim est une usine spécialisée dans le traitement des huiles contaminées aux PCB, les polychlorobiphényles, dits aussi pyralènes. Ces produits hautement toxiques et cancérigènes sont interdits en France depuis 1985. Si l'équipe d'Envoyé spécial était venue tourner à Grez-en-Bouère, le village mayennais où cette usine est installée, c'est parce qu'elle était au cœur d'une affaire de pollution environnementale depuis février 2011. Plusieurs troupeaux de vaches avaient alors été abattus car leur sang révélait un taux trop élevé de PCB, ce qui les rendait impropres à la consommation humaine. Bien qu'il soit difficile d'établir avec certitude la source d'une pollution aux PCB, de fortes présomptions pesaient sur cette usine, d'autant que plusieurs salariés avaient porté plainte auparavant pour mise en danger de la vie d'autrui, car eux aussi présentaient des taux trop élevés de PCB dans le sang.

Les plaintes des salariés et de deux agriculteurs impliqués n'ont pour le moment pas eu de suite en justice. La préfecture s'est contentée de mettre en demeure l'usine de respecter les valeurs réglementaires et de faire prendre des mesures régulières des PCB au sortir de la cheminée de l'usine. Différents travaux ont été réalisés dans l'usine pour améliorer le dispositif de traitement des huiles polluées mais, depuis deux ans, plusieurs dépassements des taux de PCB ont été constatés.

Le dernier en date, à la mi-avril 2013, a conduit la préfecture à envisager une suspension provisoire des activités de l'usine. La riposte de la direction d'Aprochim a été immédiate. Elle a annoncé la suppression de 21 postes sur les 69 que compte l'usine, sous prétexte de dégradation de son activité économique, et elle a menacé de déposer le bilan si la préfète maintenait sa décision, précisant que « la fermeture de l'entreprise entraînerait dans la tourmente une centaine de salariés, et leurs familles dans la précarité ». La menace n'a pas manqué de faire effet, la décision de suspendre l'activité de l'usine a été repoussée de trois mois, dans l'attente d'une nouvelle étude technique.

Aprochim est filiale d'une société plus importante, Chimirec, qui emploie 900 salariés et a plusieurs entreprises à l'international. Depuis que les PCB sont interdits en France, cette société a fait d'importants bénéfices grâce au marché de traitement des huiles et transformateurs contaminés. Ce serait à ses propriétaires de payer aujourd'hui pour mettre Aprochim en conformité avec la loi, assurer une activité qui ne porte atteinte ni à la santé de ses salariés ni à l'environnement, et maintenir tous les emplois.

Correspondant LO