Afrique : Hollande aux petits soins pour les trusts français

29 Mai 2013
Dans son meeting de campagne à Bercy, François Hollande, alors candidat, déclarait que son « élection serait une mauvaise nouvelle pour les dictateurs ». Depuis qu'il est président, ceux-ci n'ont pourtant pas eu à se plaindre et défilent même à l'Élysée. En juillet 2012 c'était Ali Bongo, le président du Gabon, et en avril dernier ce fut le tour de Denis Sassou Nguesso, qui règne sur le Congo depuis trente-quatre ans.

Sassou Nguesso est aujourd'hui poursuivi par la justice française dans le procès dit des « biens mal acquis ». La famille Sassou, qui possède 18 propriétés et 112 comptes bancaires en France, est inculpée de blanchiment et détournement de fonds publics étrangers. Le président du Gabon et celui de la Guinée équatoriale, Théodoro Obiang, figurent dans la même charrette. Ces trois pays ont en commun de posséder un littoral riche en ressources pétrolières, exploitées au Congo et au Gabon par des compagnies françaises et en Guinée par des sociétés américaines. Tout autant que les dictateurs qui règnent sur ces États, ce sont ces trusts qui devraient aujourd'hui se retrouver au banc des accusés, car ce sont eux les corrupteurs.

Au Congo, plus d'une centaine d'entreprises françaises sont présentes, mais la plus importante est de loin Total et ses filiales. Elle exploite la moitié des champs pétroliers et réalise 60 % de la production de brut du pays. Total a mis en chantier en mars 2013 un nouveau site au large des côtes congolaises, ce qui, en 2015, devra augmenter encore la part qui lui revient. Ce site, Moho Nord, sera exploité à 53 % par Total, à 31,5 % par la compagnie américaine Chevron, et pour 15 % par la Société nationale des pétroles congolais (SNPC), dont un des administrateurs n'est autre que le fils du président Sassou Nguesso.

Celui-ci est chargé dans cette société de « l'aval pétrolier », c'est-à-dire de la commercialisation. Cela donne une petite idée de la manière dont l'argent passe de la poche des trusts pétroliers à celles de la famille au pouvoir. C'est le pourboire que laissent Total, Chevron et les autres à ceux qui leur permettent de détourner les richesses du pays.

Total est le vaisseau amiral des entreprises françaises, mais toute une flotte navigue dans son sillage. Technip a ainsi décroché un contrat de 500 millions d'euros pour équiper ce champ pétrolier en structures et en conduites sous-marines. Bolloré possède une grande partie du port de Pointe-Noire. Bouygues a réalisé les travaux d'électrification entre Pointe-Noire et Brazzaville.

Pendant ce temps, les trois quarts des Congolais doivent vivre avec moins de un dollar par jour. L'accès à l'eau et à l'électricité est problématique pour une grande partie de la population. Un quart des enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition. Tel est le sinistre résultat auquel aboutit le pillage des ressources du Congo, et de bien d'autres pays d'Afrique, par les trusts français qui corrompent les potentats locaux. Hollande en est complice, comme tous ses prédécesseurs à l'Élysée.

Daniel MESCLA