Slovénie : Un nouveau maillon de la crise16/05/20132013Journal/medias/journalnumero/images/2013/05/une2337.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Slovénie : Un nouveau maillon de la crise

Après Chypre, la Slovénie, dont l'agence de notation Moody's vient de dégrader la note de deux points, faisant entrer ses engagements financiers dans la catégorie « spéculatifs », autrement dit « obligations pourries ».

Quelques jours auparavant, la Nova Ljubljanska Banka, première banque du pays, venait d'annoncer qu'elle avait besoin d'une augmentation de capital de 367 millions d'euros pour renflouer ses caisses. L'an passé, elle avait déjà demandé et obtenu une injection de 380 millions d'euros. Cette banque, détenue à 86 % par l'État, est dans le rouge depuis plus de deux ans, alors que la Slovénie, pays de la zone euro, enchaîne désormais sa deuxième année de récession consécutive.

C'est tout le secteur bancaire slovène, un secteur privé mais majoritairement détenu par l'État, qui est confronté à une montagne de mauvaises créances qui met en péril la capacité même de la Slovénie à se financer. Le FMI estime à un milliard d'euros le seul besoin de recapitalisation des trois principaux établissements. Et au total la Slovénie aurait besoin de quatre milliards d'euros.

Les difficultés rencontrées par les banques slovènes sont la conséquence directe de la crise mondiale. Après l'indépendance de cette ex-république yougoslave et son intégration dans l'Union européenne en 2004, ces établissements avaient offert une destination de choix aux investissements venus d'Italie ou de Grèce. Or la crise de leurs secteurs bancaires respectifs a entraîné un retrait massif de leurs fonds, au moment ou le secteur immobilier local mais aussi les assurances, gros consommateurs de capitaux, s'avèrent eux-mêmes gangrenés par les investissements hasardeux. Après l'explosion de la crise bancaire en 2008, la dette de la Slovénie a doublé en deux ans !

Récemment l'OCDE mais aussi l'Union européenne ou le FMI jugeaient indispensable que la Slovénie mette en place des « réformes de grande envergure ». Sous leur pression de plus en plus forte, tout comme celle des agences de notation, le gouvernement slovène est prié de privatiser et de tailler dans les emplois publics. Il souhaite baisser les salaires des fonctionnaires de 15 %, supprimer la prime de 13e mois, faire travailler les enseignants trois heures de plus par semaine, réduire les allocations familiales. Mais l'ancien Premier ministre Janez Jansa a déclaré que cela ne suffirait pas.

Ces mesures, en plus des affaires de corruption, ont entraîné des réactions de la population. En janvier, des grèves ont paralysé les services publics, y compris les douanes et la police. En mars et avril, des manifestations ont exigé la tenue de nouvelles élections législatives, des mesures contre la corruption et le gel des mesures d'austérité. Nombre de manifestants portaient des symboles communistes ou de l'ex-Yougoslavie.

Les salariés se battent comme ils peuvent : la principale confédération syndicale, la ZSSS, issue elle aussi de l'ancienne nomenklatura, s'affirme « comme un partenaire actif dans le processus de privatisation ». On fait mieux comme défenseur des salariés ! Un des deux quotidiens de référence, Dnevnik, écrivait en début d'année : « La stratégie de choc du Premier ministre Jansa et son principe, prendre aux pauvres et donner aux riches, ont été rendus possibles grâce à l'absence de réaction et la servilité des médias, mais aussi à l'attitude des syndicats et de l'opposition de gauche. »

Jansa est tombé en février dernier, victime de son impopularité et d'une énième affaire de corruption. Mais la nouvelle Première ministre, Alenka Bratusek, ne changera pas de politique, elle qui a mis le remboursement aux créanciers internationaux en tête de ses priorités. En Slovénie comme ailleurs, la population est priée de payer la note de la crise. Mais il n'est pas sûr qu'elle accepte !

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