Allemagne : procès des néonazis... et de la police

08 Mai 2013
À Munich s'ouvrait lundi 6 mai le procès très attendu de cinq néonazis.

Beate Zschäpe, la fondatrice du groupe appelé Clandestinité national-socialiste, est accusée d'avoir pendant onze ans participé à dix meurtres visant des commerçants turcs et un grec, à un attentat dans un quartier immigré de Cologne en 2004, qui avait blessé vingt-deux personnes, ou encore un attentat à la gare de Düsseldorf en 2000, qui avait fait plusieurs blessés parmi des migrants juifs originaires d'ex-URSS.

La culpabilité des accusés, mais aussi d'autres complices retrouvés morts en novembre 2011, ne fait guère de doute. Le véritable enjeu du procès est surtout d'établir le rôle de la police et des services secrets qui pendant des années non seulement ont laissé faire, mais ont même présenté ces meurtres comme les agissements de la mafia kurde. Pire, la police présentait même les victimes turques comme des trafiquants de drogue et leurs proches comme des suspects. En fait, la traque des accusés n'a commencé qu'en 2011, parce que, surpris après un braquage de banque, ils avaient assassiné une policière.

Or les services de sécurité allemands disposent de nombreux informateurs dans les milieux d'extrême droite. Un de ces indicateurs aurait même été présent sur les lieux de crimes à six reprises. Les services secrets militaires eux-mêmes étaient informés dès 1998 du lieu où se cachaient ces assassins néonazis. Et curieusement, trois jours seulement après que Beate Zschäpe se fut rendue, ces mêmes services secrets ont détruit leurs propres archives sur l'extrême droite et les rapports des indicateurs infiltrés auprès de ce groupe.

Le procès lui-même montre à quel point les autorités sont peu pressées de faire connaître la vérité : la salle d'audience est très petite, aucun journaliste turc ou grec n'avait pu obtenir d'accréditation. Après des plaintes à la Cour constitutionnelle, l'ouverture du procès avait dû être repoussée.

Cette connivence des membres des services de sécurité avec l'extrême droite n'est pas surprenante. Après la Seconde Guerre mondiale, il n'y a pas eu de rupture entre l'État nazi et les institutions de la République fédérale, et la « dénazification » fut très vite interrompue dès le début de la Guerre froide. De très nombreux hauts fonctionnaires nazis, dont des juges, ont continué tranquillement leur carrière. Un ancien responsable de la propagande nazie, Kurt Kiesienger, fut même chancelier, c'est-à-dire chef du gouvernement, de 1966 à 1969. Il fut d'ailleurs giflé publiquement par Beate Klarsfeld, en novembre 1968, aux cris de « Kiesinger, Nazi ! Démissionne ! »

Ces meurtres et la responsabilité de la police ont beaucoup choqué, alors que le souvenir des atrocités nazies pèse encore lourd dans le pays. L'actuelle chancelière Angela Merkel, qui s'était fendue d'une minute de silence en hommage aux victimes lors de l'arrestation de Beate Zschäpe, a encore déclaré ces jours-ci que ces meurtres étaient une « honte pour l'Allemagne ». Mais c'est aussi la complicité des services de sécurité dans les agissements de ces néonazis qui est scandaleuse !

Éric TOLIAN