Paradis fiscaux : secret bancaire, quand tu nous tiens...

10 Avril 2013
Le 5 avril, le quotidien La Croix a fait état d'une note anonyme écrite par un « collectif d'officiers » de la DCRI, la Direction centrale du renseignement intérieur, le service qui a fusionné les activités de l'ex-Direction de la surveillance du territoire et des ex-Renseignements généraux. Ce collectif mettait en cause les pratiques sélectives de ce service, apparemment plus empressé de surveiller ceux qui dénoncent les pratiques douteuses des banques que les fraudeurs qui en bénéficient.

Cette note de 14 pages, transmise en février dernier au groupe parlementaire qui enquête sur l'exil fiscal, avant que n'éclate le scandale Cahuzac, incitait les élus à s'interroger sur les patrons et responsables de la DCRI, passés et présents, souvent liés à Sarkozy, et notamment tous ceux qui étaient ou sont chargés du renseignement économique et financier.

Elle indique que la surveillance de la banque suisse UBS, qui proposait ses services aux nantis qui cherchent à frauder le fisc, a d'une part généré une intense activité de surveillance de la DCRI, mais que les informations « considérables » ainsi recueillies n'ont pas été transmises à la justice. D'autre part, les policiers ainsi mobilisés privilégiaient la surveillance des cadres de la banque qui dénonçaient le système de fraude, plutôt que celle des fraudeurs.

Pour les rédacteurs de la note, les policiers de ces services « ne souhaitent pas voir apparaître ou révéler à l'autorité judiciaire [les délits] pour ne pas amoindrir leur influence » et ainsi conserver des moyens de pression sur des personnes. Enfin, il apparaît que le classement systématique en « secret défense », pour des questions qui n'ont rien à voir avec la défense nationale, permet surtout de dissimuler des informations à la justice au moment où celle-ci en aurait un besoin urgent.

Dès le lendemain de cette publication, les dirigeants de la DCRI, ces zélés défenseurs du secret bancaire, ont réagi et dénoncé une manipulation, en soulignant des imprécisions. Selon eux, jamais au grand jamais leurs troupes ne pourraient se livrer à de telles manigances. Quant à l'entourage du ministre de l'Intérieur Manuel Valls, il a mis en cause la « légèreté » du député PS qui avait accepté cette note.

Transparence, d'accord, mais pas au point qu'on puisse y voir clair !

Jacques FONTENOY