La droite et l'extrême droite mobilisent : pour se faire entendre la classe ouvrière doit en faire autant !

27 Mars 2013
Deux mois et demi après une première démonstration massive contre le mariage pour tous, la droite réactionnaire et l'extrême droite ont rassemblé, le dimanche 24 mars, à nouveau autant de manifestants – 300 000 selon la police – sur l'avenue de la Grande-Armée à Paris. Organisée sur le même thème, chargé de relents homophobes, traditionalistes et culs-bénits, la manifestation était surtout un rassemblement de la droite anti-Hollande. Les politiciens sarkozystes et frontistes, de Copé à Guaino, en passant par Wauquiez, Morano et Raffarin, sans oublier Gollnisch et Collard, étaient en bonne place sur la photo.

À peine cachés par les drapeaux bleus et roses figurant papa, maman, le petit frère et la petite sœur, censés représenter la « vraie » famille, les slogans directement politiques abondaient, de « Touche pas au mariage, occupe-toi du chômage » à l'appel à un « printemps français », en référence sans doute aux mobilisations populaires en Tunisie ou en Egypte. Il importait visiblement bien moins de s'opposer, avant son examen par les sénateurs, à la loi Taubira adoptée par l'Assemblée nationale le 12 février, que de faire une démonstration de force de ces partis réactionnaires, de leur capacité à mobiliser les beaux quartiers du pays, lodens, colliers de perles et carrés Hermès en bandoulière.

Outre l'UMP et ses satellites, comme le parti de Christine Boutin, outre le Front national, les officines de l'extrême droite universitaire ou catholique s'étaient répandues en consignes et arguments de (mauvaise) foi pour faire venir leurs troupes. Les médias ont montré que ces dernières étaient aux avant-postes pour entraîner les manifestants sur les Champs-Élysées, interdits d'accès par les policiers. Sur un mail cité par Le Monde, on a pu lire, au milieu de « consignes écrites par un élu de la République et un ancien officier de l'armée », un appel à déborder la police en prenant les policiers en étau et à « former la masse car c'est elle qui l'emporte dans toutes les batailles ».

Derrière les slogans « Hollande démission » se profile le calcul des politiciens de droite et d'extrême droite qui est d'apparaître comme l'opposition, la seule véritable, au gouvernement Hollande-Ayrault qui dégringole dans les sondages à mesure que progressent les chiffres du chômage et les fermetures d'entreprises. Et tandis que, dans leurs cercles fermés, ils se congratulent de toutes les mesures anti-ouvrières que ce gouvernement promulgue, ils font mine en public de s'indigner de la montée du chômage.

Ce n'est pas la réédition d'une manifestation gaulliste massive de mai 1968 que craint le gouvernement, lorsqu'il empêche la droite d'arpenter les Champs-Élysées. C'est l'idée qu'une telle démonstration de force puisse venir de la classe ouvrière, des salariés pris entre le licenciement et le surmenage, des retraités spoliés, des chômeurs méprisés, de la jeunesse abandonnée à elle-même. Car les centaines de milliers de manifestants que Sarkozy avait décidé d'ignorer en 2010, en reculant l'âge de la retraite, devront se multiplier pour s'opposer à la régression sociale que subit le monde du travail sous prétexte de crise et de dette d'État à rembourser. Auteuil-Neuilly-Passy se prétendaient 1,4 million à Paris le 24 mars. Quel impact auraient donc autant de manifestants venus d'Aubervilliers, de Lille ou de Marseille, s'ils manifestaient aussi massivement pour exiger l'interdiction des fermetures d'entreprises et des licenciements !

Viviane LAFONT