Nos lecteurs écrivent : exploitation Total

14 Mars 2013

J'ai travaillé récemment sur une plate-forme pétrolière Total au large du Congo. Sur les 800 personnes travaillant sur la plate-forme, seules une cinquantaine appartiennent au groupe Total. Les autres sont sous-traitants.

J'ai pu constater que ce que l'on appelle la Françafrique demeure bien vivante. Sur la plate-forme, les chefs, cadres et autres superviseurs sont quasiment tous européens. En revanche, les ouvriers sont exclusivement noirs. Le salaire moyen de ces ouvriers est de 450 euros par mois, ce qui est un excellent salaire dans l'océan de misère qu'est le Congo. Ils restent la moitié du mois sur la plate-forme, et sont à la disposition de leur chef 24 heures sur 24.

Un ouvrier peut être licencié à tout moment sans autre forme de procès, c'est-à-dire sans préavis ni indemnités. Il suffit seulement pour cela de déplaire au chef.

Le plus choquant, ce sont les innombrables et quotidiennes humiliations que doivent encaisser les travailleurs. Il n'est pas rare d'entendre les chefs européens parler aux ouvriers africains en les appelant « mes enfants » et en les tutoyant systématiquement. La moindre remarque d'un ouvrier se solde par une brimade publique, du type « si t'es pas content tu dégages ».

Les ouvriers sont appelés à travailler dans des conditions indignes, et inimaginables en métropole. L'organisation du travail se fait au mépris des règles de sécurité les plus élémentaires. Par exemple, des ouvriers doivent vider des cuves contenant des matières dangereuses (mercure, éléments radioactifs...). Les cuves sont vidées à la main, avec juste un seau, et les ouvriers ont de la boue toxique jusqu'aux genoux... Aucun syndicat ouvrier n'existe. Le dernier travailleur qui a tenté d'en monter un a été licencié et renvoyé à terre.

À terre, la situation est dramatique. Même dans la capitale économique du pays, il y a très peu de routes goudronnées et les égouts n'existent pas dans les quartiers pauvres. La misère est omniprésente, et la prostitution généralisée. Au Congo, la moitié de la population vit avec moins d'un dollar par jour, et toutes les entreprises appartiennent à des groupes étrangers, avec au premier rang la France.

L'année dernière, le PIB du Congo, pays de 4,5 millions d'habitants, était inférieur aux profits du groupe Total.

Un lecteur de LO