Travail du dimanche chez Bricorama : le patron bricole avec la loi

07 Novembre 2012

La cour d'appel de Versailles vient de confirmer le jugement du tribunal de grande instance de Pontoise qui, sur plainte du syndicat FO de l'entreprise, ordonnait au magasin de bricolage de fermer le dimanche, sous astreinte.

Au mépris de la loi, l'enseigne Bricorama a ouvert de nombreux dimanches en 2012 et devrait avoir à payer plus de 19 millions d'euros, l'astreinte étant de 30 000 euros par dimanche et par magasin ouvert. Le patron a dit qu'il allait se pourvoir en cassation et s'est adressé aux préfets pour obtenir des dérogations d'ouverture dominicale.

Comme chaque fois que l'ouverture le dimanche est contestée, les employeurs montent au créneau, arguant soit du volontariat de leurs salariés, soit de la volonté des clients de venir absolument faire leurs courses le dimanche, mais surtout du fait qu'il y aurait un chiffre d'affaires plus important ce jour-là.

Dans cette période de chômage, il est certes facile de trouver de soi-disant volontaires. Il n'empêche que le repos du dimanche, même s'il est de plus en plus remis en cause, est une conquête des salariés et qu'on ne peut être que solidaire de ceux qui ne souhaitent pas travailler ce jour-là.

Le fait qu'il s'agisse du dimanche doit évidemment beaucoup à la tradition chrétienne. Reste que le repos hebdomadaire est une nécessité pour les travailleurs et qu'ils préfèrent en bénéficier en même temps que les autres.

Il y a plus d'un siècle que la loi obligeant au repos hebdomadaire a été promulguée, le 13 juillet 1906. C'était les employés de commerce des grands magasins qui s'étaient mobilisés pour l'obtenir. La même année, les facteurs avaient obtenu, après une longue grève, de ne plus distribuer le courrier le dimanche. Bien sûr, aujourd'hui, de nombreux salariés travaillent ce jour-là : employés dans les transports, dans les hôpitaux, dans les musées, les cinémas, etc., là où cela est indispensable. Mais il n'y a aucun intérêt pour la société, par exemple, à fabriquer des voitures le dimanche. Or on a souvent imposé le travail du week-end dans les usines.

Certains nous diront que depuis 1906 la société a changé. Sans doute, mais pas l'appétit des patrons à rogner sur les droits des salariés. Alors, si dans une société débarrassée du profit on pourrait envisager d'autres formes d'organisation de la vie sociale, il n'y a aucune raison d'accepter aujourd'hui que ce soit le patronat qui décide de la vie personnelle des salariés.

Un peu partout en Europe, des dérogations ont été obtenues pour le travail du dimanche. Et même la Grande-Bretagne, qui avait inventé le mot week-end et la fermeture le samedi après-midi et le dimanche, autorise les magasins de plus de 300 m² à ouvrir six heures le dimanche. En Espagne, une douzaine de dimanches d'ouverture sont autorisés par an, et il en est à peu près de même en Allemagne.

Par contre, en Alsace et en Moselle, un héritage du droit allemand interdit toujours le travail du dimanche et l'ouverture des magasins ce jour-là. Et pourtant il y a sans doute là-bas autant de bricoleurs qu'en Ile-de-France.

Catherine OLIVIER