PSA -- Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) : contre le plan de fermeture Premières actions des travailleurs

20 Septembre 2012

Après la publication, le 10 septembre, du rapport de l'expert Sartorius et le renoncement officiel du gouvernement à s'opposer à la fermeture de l'usine d'Aulnay, les premières actions des travailleurs contre le plan de fermeture ont eu lieu.

Personne ne se faisait beaucoup d'illusions, ni sur le rapport Sartorius, ni sur la réaction du gouvernement. Mais il y avait tout de même de quoi être choqué de la servilité de ce prétendu « expert » qui a choisi -- sur ordre, évidemment -- de se placer du strict point de vue du patronat. Les arguments du rapport, au-delà des « hélas » et des « malheureusement » de circonstance, ne font qu'entériner la fermeture de l'usine d'Aulnay... en se plaignant seulement -- patriotisme économique oblige -- que la direction de PSA n'ait pas souhaité fermer l'usine de Madrid plutôt que celle d'Aulnay !

Pour le reste, Sartorius -- et derrière lui, le gouvernement -- va dans le sens de la direction, et reprend les mêmes artifices qu'elle, en ne prenant en compte que la santé de la branche automobile du groupe PSA, « oubliant » au passage que les autres branches, Faurecia ou la banque PSA, sont largement bénéficiaires. De même, on trouve presque à chaque page du rapport les termes de « surcapacités » ou de « surdimensionnement » : « L'outil de production est donc surdimensionné », dit Sartorius comme s'il suffisait de le dire pour que cela devienne une évidence. Mais « surdimensionné » par rapport à quels critères ? Aux critères de productivité exigés par les actionnaires ?

Oui, le rapport se place bien sur le terrain du patronat. Du point de vue des travailleurs, « travailler à 100 % des capacités » d'une usine signifie une exploitation accrue. Et du point de vue des besoins de la population, que signifie cette notion absurde de surcapacités ? Le rapport Sartorius, pourtant commandé au nom de l'État, choisit de considérer comme des vérités bibliques les critères de productivité imposés par le patronat. Tout juste se borne-t-il à quelques bonnes paroles sur le thème : vous pouvez licencier, mais tout de même, il faut qu'ensuite cela permette un vrai développement de l'entreprise -- comprendre : une hausse des profits.

Les réactions dans l'usine

Le changement de ton du gouvernement, suite au rapport Sartorius, n'a échappé à personne à l'usine. Montebourg et Hollande, qui ont brassé un peu d'air en juillet en décrétant le plan de licenciements « inacceptable en l'état », ont reculé en rase campagne et disent à présent qu'il sera impossible de sauver Aulnay. Pour les travailleurs qui y croyaient encore, c'est une déception, et l'écoeurement était perceptible chez ceux qui disaient « On se fait encore lâcher, ils nous enterrent vivants. » Si certains craignent que cela signifie la mort inéluctable de l'usine, bien d'autres écoutent d'une autre oreille le discours des militants qui expliquent depuis le début que les travailleurs ne pourront compter que sur leurs propres forces.

Premières actions

Vendredi matin 13 septembre et le dimanche soir suivant, les premières actions surprise des travailleurs d'Aulnay ont eu lieu, avec des opérations « péage gratuit » à la barrière de Senlis, sur l'autoroute A1. Ce sont plusieurs centaines de travailleurs qui sont allés « ouvrir » le péage, avec le slogan : « Les patrons ferment les usines, les ouvriers ouvrent les péages ! » C'était l'occasion de rappeler aux automobilistes et aux camionneurs que la famille Peugeot est copropriétaire de la Sanef, la société qui encaisse le montant des péages.

De très nombreux automobilistes ont tenu à marquer leur sympathie et leur solidarité, et la collecte organisée a récolté plusieurs milliers d'euros. Vendredi matin, la direction a poussé la bêtise jusqu'à envoyer un de ses chefs du personnel prendre des photos à la barrière de péage, à vingt kilomètres de l'usine ! Rapidement repéré, ce directeur s'est vu très rapidement conseiller par les gendarmes présents de regagner prudemment sa voiture, ce qu'il a fait sous les huées.

La réussite de ces opérations a beaucoup plu aux travailleurs qui y ont participé, ainsi qu'à ceux qui ont vu les images à la télévision. Les travailleurs apprennent ainsi à agir ensemble, et depuis les idées fusent dans les ateliers pour d'autres actions, pour faire parler de la lutte d'Aulnay aussi bien que pour récolter de quoi financer les futurs déplacements.

Le 19 septembre, l'assemblée générale du matin a rassemblé pendant quarante minutes 300 travailleurs, qui ont voté à l'unanimité le principe d'assemblées générales hebdomadaires ainsi que leurs revendications : blocage du plan de la direction, refus de la fermeture de l'usine, garantie de l'emploi et demande d'une réunion tripartite. Les actions à venir ont été décidées : le samedi 29 septembre à Aulnay, le 9 octobre au Salon de l'automobile et à la manifestation nationale, et le principe d'actions surprise.

La prochaine étape est la visite à l'Élysée, qui était prévue jeudi 20 septembre. Bien des travailleurs trouvent normal d'aller rappeler à Hollande la promesse qu'il a faite, le 2 mai, de les recevoir -- promesse jamais tenue. L'ensemble des syndicats a appelé à la grève pour ce jour-là, et des délégations communes ont fait le tour des chaînes pour y appeler.

Le combat ne fait que commencer. Le gouvernement a choisi d'accréditer les thèses patronales, et ce n'est pas une surprise. Mais que la santé du groupe soit « fragile » ou pas, ce n'est pas le problème des travailleurs. La fortune de la famille Peugeot, elle, n'est pas « fragile », et c'est dans cette fortune qu'il faudra prendre pour que chacun ait la garantie d'un emploi.

Correspondant LO