Indonésie - À propos du massacre des communistes de 1965-1966 : La fin de la loi du silence ?

15 Août 2012

Une commission indonésienne des droits de l'homme vient de présenter un rapport qualifiant de crimes contre l'humanité la répression sanglante du mouvement communiste indonésien qui, en 1965-1966, coûta la vie à un million de personnes.

En 1965, le Parti communiste indonésien (PKI) comptait 3,5 millions de membres et quelque 15 millions de sympathisants. On disait alors qu'il était le parti communiste d'Asie le plus puissant après le Parti communiste chinois, dont il était proche. Après une courte période d'opposition, le PKI était depuis 1951 un allié fidèle du dictateur nationaliste Sukarno qui dirigeait le pays d'une main de fer. Il justifiait ce soutien en le qualifiant d'« alliance des forces nationales, religieuses et communistes » qui devait lui permettre de passer au socialisme par la voie électorale.

À partir de 1957, quand le PKI devint le premier parti électoral, Sukarno estima qu'il était temps de se débarrasser de cet allié. Les déclarations d'allégeance à l'armée indonésienne que le PKI avait multipliées n'empêchèrent pas cette dernière de se retourner férocement contre lui. En septembre 1965, les militaires prétendirent que des généraux proches du PKI menaçaient de renverser Sukarno. Ce fut le prétexte pour lancer une vaste opération contre le PKI dans tout le pays.

Militants et sympathisants du PKI payèrent au prix fort les compromissions de leurs dirigeants. Les illusions qu'ils avaient entretenues sur l'alliance avec Sukarno les avaient désarmés moralement et politiquement. La répression sanglante, qui anéantit le PKI, assura à la dictature trente-trois années supplémentaires de pouvoir. Suharto, qui avait conduit la répression anticommuniste et qui succéda à Sukarno en 1968, n'en fut chassé en effet qu'en 1998.

Un million de personnes soupçonnées d'être membres ou sympathisants du Parti communiste furent massacrées et des centaines de milliers d'autres internées. Une répression qui pèse encore près de cinquante ans plus tard. « Comme ex-détenus politiques, a expliqué un ancien interné communiste, il nous est difficile d'obtenir un crédit bancaire ou une aide au logement. Les emplois de fonctionnaires nous restent interdits (...). Nous ne pouvons ni enseigner, ni exercer la médecine. »

La commission a suggéré que le gouvernement indonésien présente aux victimes des excuses officielles, ce qui est bien dérisoire. Mais rien n'indique, pour le moment, que l'actuel gouvernement indonésien donnera suite à cette recommandation. D'autant que depuis 1965 les dirigeants indonésiens et les médias ont pratiqué, au sujet du massacre et des persécutions qui l'ont suivi, la loi du silence.

Jacques FONTENOY