Groupe Doux -- Quimper : les travailleurs contre les licenciements

01 Août 2012

Vendredi 27 juillet vers 10 heures, les travailleurs du groupe Doux se sont retrouvés à plusieurs centaines devant le palais de justice de Quimper pour protester contre les menaces qui pèsent sur leurs emplois.

Le groupe s'étant placé de lui-même en redressement judiciaire, ce sont ses 4 200 salariés (3 400 en CDI, 800 en CDD) qui perdraient leur emploi en cas de liquidation ; et 10 000 emplois dans la sous-traitance, pour l'essentiel dans le transport et dans l'élevage, seraient affectés. Le tribunal de commerce devait trancher entre deux offres de reprise concurrentes qui n'offrent, ni l'une ni l'autre, la moindre garantie aux salariés de Doux, chacune prévoyant au moins un millier de licenciements immédiats.

L'offre du consortium Sofiprotéol, qui regroupe de grands noms de la filière agro-alimentaire, comme Terrena, Duc, LDC ou encore Tilly-Sabco, prévoit un démantèlement du groupe qui s'apparente à une vente à la découpe avec, à la clé, la suppression de 1 117 emplois, c'est-à-dire le licenciement d'un embauché sur trois. C'est ce que le ministre délégué à l'agro-alimentaire, Guillaume Garot, a appelé « des avancées réelles » car, dans sa première mouture, le plan de Sofiprotéol prévoyait 519 licenciements de plus ! Comme si 1 117 licenciements ne constituaient pas un recul, et un recul dramatique, pour les travailleurs concernés et pour leurs familles. Le maire PS de Quimper, Bernard Poignant, s'est lui aussi prononcé en faveur de cette opération, évoquant un soutien financier de l'État, à condition qu'il y ait ce que Garot et lui appellent « une contrepartie sociale »...

Quant au plan de « continuation de l'activité » présenté par Charles Doux, l'actuel PDG du groupe, il ne supprimerait qu'une petite centaine d'emplois de moins -- sur le papier ; et il laisserait sur le carreau probablement les 1 800 travailleurs du pôle frais dont Doux est décidé à se séparer. Dans ce montage, où la banque Barclays, le principal créancier du groupe, remplacerait la famille Doux dans le rôle de l'actionnaire majoritaire, sous-traitants et salariés seraient invités à devenir actionnaires du groupe. Une perspective défendue par Gaëlle Nicolas, la maire UMP de Châteaulin (où le groupe Doux a son siège social et sa plus grosse usine), mais qui n'inspire guère confiance aux travailleurs : ils sont nombreux à y voir « un coup de poker où nous ne sommes que les jetons », comme l'a formulé une déléguée de la CGT.

Lundi 23 juillet, une centaine de salariés du site Père Dodu à Quimper -- soit près d'un travailleur sur deux -- avaient fait grève : bloquant l'accès de l'usine dès 6 heures du matin, ils avaient réussi à paralyser la production toute la journée et à se faire voir de la population, en bloquant la circulation sur la voie express pendant une quarantaine de minutes.

Le 27 juillet, aux côtés de ceux de Quimper et de Châteaulin, les travailleurs venus de Vendée, des Côtes- d'Armor et du Morbihan ont défilé aux cris de « Non à la casse sociale, on veut tous du travail » ou encore de « Doux, ripou ». D'un site à l'autre, les inquiétudes sont les mêmes : celle de perdre son emploi du jour au lendemain, de ne partir qu'avec des indemnités légales de licenciement dérisoires, et de basculer dans la misère, en particulier quand le conjoint est au chômage ou employé chez Doux.

Le tribunal a repoussé sa décision au 1er août. Mais personne n'attend de miracle. Dans les rangs de la manifestation, bien des ouvrières exprimaient leur écoeurement devant les tractations qui se font avec leur peau, en toute opacité, entre grands patrons de l'agro-alimentaire et de la finance. Et un slogan résumait le sentiment dominant : « La dette n'est pas celle des salariés, ils n'ont pas à la payer, aucun licenciement ! ».

Correspondant LO