Moody's dégrade la note des hôpitaux : le fléau de la gestion capitaliste

25 Juillet 2012

Vendredi 20 juillet, l'agence de notation Moody's a baissé la note des centres hospitaliers régionaux universitaires (CHRU) et des centres hospitaliers universitaires (CHU) français. Les uns comme les autres sont mis sous surveillance négative et leur note peut à nouveau baisser dans les trois mois qui viennent.

Moody's justifie ces baisses par « la détérioration rapide de la situation financière de certains hôpitaux », comme le CHU de Fort-de-France en Martinique. Il y aurait en effet « une pression particulièrement forte sur la trésorerie des hôpitaux publics » et le contrôle du gouvernement s'avérerait « moins efficace que ce qui avait été anticipé initialement ». Bref, les hôpitaux publics ont besoin d'argent. Et, faute de financement rapide, selon la Fédération hospitalière de France, certains risquent de ne plus pouvoir payer leurs salariés dès septembre.

Les raisons de ces prétendus déficits sont multiples. Tout d'abord, c'est le système même de leur financement qui est vicié. Les fonds de l'assurance-maladie ne leur sont reversés que sur la base d'un système de tarification qui est loin de pourvoir à leurs besoins. Les règles en vigueur empêchent les hôpitaux de bénéficier des fonds de la Sécurité sociale et les obligent à emprunter auprès des marchés financiers, ce qui aboutit à plomber leurs comptes davantage encore.

L'évaluation des agences de notation risque d'influer sur le taux des emprunts : résultat, les hôpitaux auront encore plus de mal à trouver des prêts et ils devront payer des intérêts encore plus forts.

Les directeurs hospitaliers ont beau assurer que leurs établissements sont solvables et que les pouvoirs publics les soutiennent fermement, ils ont beau faire valoir qu'ils doivent accueillir tous les malades, traiter des interventions lourdes et assurer les urgences, ils ont beau montrer toutes les suppressions de postes et de lits qu'ils ont réalisées, toutes les économies qu'ils ont faites, rien n'y fait. Soumis par l'État à l'appétit des banques, les hôpitaux sont traités comme n'importe quel emprunteur.

Les hôpitaux sont en théorie financés par la Sécurité sociale, alimentée elle-même par les cotisations prises sur les salaires. Quand l'Assurance-maladie annonce qu'elle a dépensé 143 milliards pour soigner les pathologies de 19,6 millions de patients, comment croire qu'elle ne pourrait pas disposer de 1,3 milliard supplémentaire pour faire face aux besoins à court terme qui mettent des hôpitaux en situation de quasi-faillite ?

Mais voilà, si l'État exige des coupes toujours plus drastiques sur les budgets hospitaliers, au détriment des personnels et des patients, c'est pour pouvoir faire des économies sur l'assurance-maladie, et ainsi assurer des allégements de cotisations aux patrons.

Et, cerise sur leur gâteau, l'État offre aux financiers un terrain de prédation qui se fait directement au détriment de toute la population.

Vincent GELAS