Encadrement des salaires des patrons : du bluff pour faire passer la pilule de l'austérité

20 Juin 2012

Le candidat-président l'avait promis, le ministre de l'Économie vient de l'annoncer : des patrons vont voir leur salaire plafonné. Mais le plafond atteint une belle hauteur et ne concerne que quelques dizaines d'individus.

Le ministère de l'Économie intitule la mesure : Moralisation et encadrement des rémunérations des dirigeants d'entreprises. Le titre est audacieux.

En fait la mesure concerne les mandataires sociaux, c'est-à-dire les dirigeants nommés par les conseils d'administration des entreprises publiques dont l'État est l'actionnaire majoritaire. Sont donc visés les présidents et autres PDG d'une cinquantaine d'entreprises détenues majoritairement par l'État, comme la SNCF, EDF, France Télévisions, la RATP et autres, et une vingtaine de leurs filiales.

Initialement, la rémunération de ces patrons devait être plafonnée à vingt fois le salaire le plus bas dans l'entreprise qu'ils dirigent. Finalement, ce plafond sera calculé sur la base de vingt fois le salaire moyen des 10 % des salariés les moins payés dans une quinzaine des plus grandes entreprises publiques. Le plafond s'est ainsi élevé pour atteindre la coquette hauteur de 450 000 euros par an, soit près de 27 fois le smic et non pas vingt fois comme l'électeur crédule aurait pu le penser.

À en croire les journaux économiques, une vingtaine de mandataires sociaux des grandes entreprises du public gagneraient plus de 450 000 euros par an et seraient donc sur la sellette. Mais pas les hauts cadres de ces entreprises -- dont certains gagnent pourtant plus que leur patron -- car leur salaire est fixé par contrat de travail et le gouvernement se dit donc dans ce cas incompétent. Les entreprises publiques où l'État n'est pas majoritaire, telles que France-Télécom ou GDF, ne sont pas non plus concernées. Pour celles-ci, le ministre promet de « donner des instructions fermes pour que soit portée la même exigence ». On imagine l'efficacité de telles promesses... Enfin, pour ce qui concerne les entreprises privées, ce même ministre nous assure de sa « conviction que cela inspirera l'assainissement de certaines pratiques ». Là, on entend carrément les grands patrons rigoler.

Pour sûr, si cela ne dépend que du gouvernement, les patrons ont encore de beaux jours, et de gros salaires, devant eux.

Sophie GARGAN