Pesticides dans l'agriculture : les fabricants mis en cause

16 Mai 2012

Un décret publié début mai par le ministre de l'Agriculture permet enfin la prise en charge comme maladie professionnelle de la maladie de Parkinson pour les agriculteurs ayant été exposés au moins dix ans aux pesticides et autres produits phytosanitaires et phytopharmaceutiques dangereux.

En février, au terme de six ans de procédure, la firme Monsanto, qui figure parmi les plus gros fabricants de ces produits, avait été reconnue responsable de l'intoxication d'un céréaliculteur, victime de l'herbicide Lasso, à présent interdit d'usage. Ce dernier est handicapé à 50 % suite à l'atteinte de son système nerveux central. Un documentaire à ce sujet a été diffusé récemment par France 2 sous le titre « La mort est dans le pré ».

La veuve d'un agriculteur décédé à 37 ans d'une leucémie, « empoisonné par les pesticides », dit-elle, y témoignait de longues batailles de certains travailleurs de la terre contre la maladie, d'abord, et contre les groupes capitalistes qui commercialisent ces produits phytosanitaires, terme qu'ils préfèrent employer.

L'un des témoins longuement interrogés dans ce film était un viticulteur de 41 ans, atteint d'un cancer de la vessie dont il est décédé peu après. D'autres victimes de ces produits y racontaient aussi les dangers encourus par les utilisateurs, les atteintes graves qu'ils subissent : l'un d'eux, paraplégique après une tumeur, passe du fauteuil roulant au tracteur, l'autre se bat pour faire reconnaître ses troubles neurologiques comme maladie professionnelle. La narratrice elle-même citait les tentatives d'intimidation, les clôtures sectionnées par une main anonyme et les vaches échappées, les menaces dont elle a été l'objet.

L'agriculture, dans la France de l'après-guerre, a ouvert ses pratiques aux produits phytosanitaires qui, notamment, permettaient une productivité plus grande. Mais la diffusion de plus en plus large des pesticides, herbicides, fongicides n'a pas été accompagnée des mises en garde qui auraient aidé les utilisateurs à se protéger de leurs effets dangereux. Certains ont été interdits depuis, mais les études, à présent encore, sont presque toutes biaisées, comme l'étude Agrican (agriculteurs-cancers) financée par les firmes. La minimisation par les fabricants des précautions à prendre a été de tout temps monnaie courante. « Quand une firme écrit noir sur blanc qu'il ne faut pas de protection vu les faibles doses de monochlorobenzène, c'est criminel », estime un céréalier du Cher qui a subi huit ans de chimiothérapie et trois greffes de moelle.

L'omertà que les témoins dénoncent quant aux risques liés aux pesticides va au-delà de leurs conditions de travail : ils s'interrogent sur les végétaux, oignons, raisins qu'ils produisent, et sur leur innocuité pour les consommateurs. « Je travaille pour faire mourir ? » se demandait l'un des agriculteurs concernés dans le documentaire.

Et en effet un agriculteur, faisant allusion au développement quasi général de l'usage des pesticides, remarquait : « On faisait confiance à la science, on ne s'attendait pas du tout à être pris dans un piège. » À la science, oui ; mais dans les mains des capitalistes ?

Viviane LAFONT