Hollande et Jules Ferry : une référence peu équivoque

16 Mai 2012

Une polémique a accompagné l'hommage rendu, le jour même de son investiture, par François Hollande à l'homme politique républicain de la seconde moitié du XIXe siècle Jules Ferry, vu comme le symbole de l'école publique et de sa laïcité.

Au jardin des Tuileries de Paris, au pied de la statue de l'ancien ministre, le nouveau président s'est brièvement démarqué de celui qui fut un partisan actif de l'expansion coloniale, y compris dans ses épisodes militaires meurtriers au Tonkin, en Annam et à Madagascar, en déclarant : « Je n'ignore rien de ses égarements politiques. Sa défense de la colonisation fut une faute morale et politique. Elle doit à ce titre être condamnée. »

Hollande n'en a pas moins appelé aux mânes de Jules Ferry en se référant au « grand ministre de l'Instruction publique » dont le nom figure au fronton de multiples écoles du pays. C'est évidemment un message aux parents d'élèves et aux enseignants, en particulier dans le primaire, maltraités par les réductions d'effectifs, les fermetures de classes et les suppressions de postes dans l'éducation. Mais sur ce terrain le plus convaincant des messages serait l'arrêt de la politique de destruction d'emplois dans le service public, et même son inversion immédiate !

Ce Jules Ferry tant célébré fut un homme politique de la bourgeoisie qui, maire de Paris pendant le siège de 1870, fut surnommé Ferry-famine, avant de fuir la ville le 18 mars 1871, au premier jour de l'insurrection ouvrière. Il fut donc aussi l'apôtre de la colonisation comme facteur de développement des puissances capitalistes européennes, teintée, en tant que prétendue mission civilisatrice des colonisateurs, d'un racisme pur et simple, comme lorsqu'il déclarait à la Chambre, en juillet 1885, que « les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures... [et] ont le devoir de civiliser les races inférieures ».

Hollande a parlé de « faute » dans la politique de Jules Ferry. Mais ce n'était pas une faute, c'était une orientation, celle de la bourgeoisie française de l'époque. De même que des prédécesseurs de Hollande, comme Mitterrand déclarant « L'Algérie, c'est la France » et « La seule négociation, c'est la guerre », ou Guy Mollet qui mobilisait le contingent pour la guerre coloniale en Algérie, défendaient les intérêts de l'impérialisme français. Et Hollande, à ce que l'on sache, se réclame encore aujourd'hui de ceux-là et de leur politique.

Viviane LAFONT