Grande-Bretagne : une double claque pour l'austérité de Cameron

16 Mai 2012

En l'espace d'une semaine, l'austérité du gouvernement de coalition de David Cameron aura subi un double désaveu : d'abord le 3 mai dans les urnes, lors des élections municipales, puis le 10 mai dans la rue, lors d'une grève nationale de 24 heures de la fonction publique.

Malgré le système de renouvellement quadriannuel des municipalités, le scrutin du 3 mai avait une valeur de test national, dans la mesure où il affectait toutes les villes importantes du pays. Le score combiné de la coalition au pouvoir est tombé de 70 % des voix en 2008 (la dernière élection comparable) à 47 % cette fois-ci.

De son côté, le Parti travailliste est passé de 22 à 38 % des voix, regagnant de grandes villes comme Birmingham, Glasgow ou Southampton. Mais c'est un succès mitigé. D'abord, parce que la mairie du Grand-Londres, l'enjeu le plus médiatisé du jour, lui a échappé de peu. Ensuite parce que, s'il est redevenu le premier parti en terme d'élus, près de 15 % des électeurs ont quand même voté contre l'austérité en choisissant des candidats autres que les siens. Enfin, parce que la participation électorale s'est de nouveau écroulée dans les bastions ouvriers, descendant à 10-15 % dans certains quartiers pauvres, pour une moyenne nationale de 32 % -- la plus basse depuis 2000.

Sans doute cette abstention record, comme la remontée mitigée des travaillistes, sont-elles liées au fait que ce sont les municipalités, y compris celles qu'ils dirigent, qui appliquent le gros de la politique d'austérité, en supprimant des emplois et en limitant l'accès aux allocations sociales, au logement et aux services sociaux. Et puis, après l'avoir eux-mêmes introduite avant 2010, les travaillistes ont-ils jamais remis en cause la prétendue « nécessité » de l'austérité ?

Quant à la journée de grève du 10 mai, elle a apporté un démenti aux ministres de Cameron, qui se vantent d'avoir fait avaler aux travailleurs du secteur public une réforme des retraites qui en réduira le montant de 15 à 25 %, augmentera les cotisations et indexera l'âge de la retraite sur l'espérance de vie, avec un minimum de 67 ans.

Les deux plus grands syndicats du secteur, représentant les municipalités, la santé et la plupart des enseignants, n'y avaient pas appelé, ayant choisi de s'engager dans un partenariat avec le gouvernement pour définir les modalités de cette réforme, chose qui n'augure rien de bon.

Néanmoins, quelque 400 000 salariés ont fait grève. Outre les administrations centrales, celle-ci a touché des secteurs aussi variés que les universités, les services d'immigration, les salariés civils de la Royal Navy ou encore le personnel technique des hôpitaux. Mais ce qui aura le plus marqué cette journée aura été la participation de deux catégories de personnels qui, eux n'ont pas le droit de grève.

Ainsi le personnel pénitentiaire a-t-il participé à des débrayages sauvages dans un grand nombre de prisons. En même temps 30 000 policiers défilaient dans le centre de Londres (pas en uniforme, quand même, ni sur leur temps de travail), à l'appel de leur association professionnelle, pourtant notoirement liée au Parti conservateur. Non sans ironie, ce sont ces deux catégories de personnels, habituellement peu combatives, qui ont été le plus loin dans la remise en cause de l'austérité qui touche tout le secteur public. Car elles ont été les seules à ajouter à la question de la retraite celles des suppressions de postes, du gel des salaires et du passage en sous-traitance privée, sujets que les autres appareils syndicaux évoquent parfois à l'occasion de coups de colère locaux, mais jamais comme des revendications d'ensemble.

On peut penser qu'après la longue période de silence des leaders syndicaux qui avait suivi la grève nationale du 30 novembre 2011, celle-ci aura redonné un peu de moral à ceux qui y ont participé, et peut-être même à ceux qui n'y ont pas été invités. Mais le fait que ces mêmes leaders syndicaux aient d'ores et déjà annoncé qu'ils n'envisageaient pas de suite avant l'automne montre assez que leur seul objectif est de s'assurer eux aussi une place à la table des négociations.

Quoi qu'il en soit, aussi bien le vote du 3 mai que le succès de la grève du 10 montrent que, quoi que puissent en dire Cameron et ses ministres, la population laborieuse ne considère pas leur austérité comme une nécessité et qu'elle ne manque pas les occasions qui lui sont données de le dire.

François ROULEAU