Combattre Marine Le Pen... Mais surtout l'influence de ses idées

16 Mai 2012

En décidant de se présenter face à Marine Le Pen, dans la circonscription de Hénin-Beaumont, que la dirigeante du FN présente avec un certain aplomb comme son fief, Jean-Luc Mélenchon a créé l'événement. Certains commentateurs reprochent même au porte-parole du Front de gauche de se « parachuter », en référence à un usage discutable qui ferait que telle circonscription soit l'apanage de tel ou tel politicien. Comme si c'était exceptionnel ! Cela ne l'est pas plus que de voir le socialiste Jack Lang naviguer d'une région à l'autre.

Et qui se plaindrait que la dirigeante du FN ait un adversaire qui puisse lui rabaisser le caquet, ou réussir à lui barrer le chemin de la députation, la privant ainsi d'une tribune ?

L'essentiel n'est pas là. Car il ne suffira pas d'un duel verbal, même si le candidat du Front de gauche en sortait vainqueur, pour faire rentrer sous terre le FN et surtout pour réduire l'influence de ses idées dans l'opinion populaire. De tels duels ont eu lieu par le passé. Bernard Tapie, du temps où il passait pour un compagnon de route du PS, en fut l'un des protagonistes, affrontant Le Pen père. À la différence de Mélenchon qui, lui, s'attaque à Marine Le Pen plus justement sur le terrain social, critiquant cette milliardaire qui ose se dire la représentante des intérêts des pauvres, Tapie, lui, se limitait aux reproches moraux. L'influence du FN n'en fut nullement entamée.

Et pour cause. Car si ses idées se maintiennent au plan électoral autour de 19 %, ce n'est pas l'effet du bagout de sa porte-parole. Mais c'est dû au fait qu'à son électorat traditionnel s'ajoute une frange de l'électorat ouvrier. Si la déception, la rancoeur, la désespérance d'une fraction des travailleurs leur ont fait choisir le FN comme moyen d'expression, c'est parce que ceux qui se disaient leurs représentants, à gauche, non seulement ont fait défaut mais, et c'est bien pire, ont mené une politique tout entière dévouée aux capitalistes lorsqu'ils étaient aux affaires. Ce sont eux qui ont privatisé plus que ne l'avait fait la droite. Eux qui ont été les responsables parfois directs du chômage, comme dans la sidérurgie lorraine. Et dans ce bilan, Mélenchon a joué son rôle, en tant que notable socialiste, solidaire au point d'avoir été l'un des ministres de Jospin.

Aujourd'hui, il s'apprête à rejouer ce rôle, même s'il reste extérieur au futur gouvernement, en soutenant la politique de la majorité qui se constituera autour de François Hollande. Une politique qui ne peut être qu'une politique d'austérité, à l'égard des classes populaires, créant une situation que la droite, l'extrême droite incluse, ne manquera pas d'exploiter pour attirer le mécontentement populaire.

Oui, il faut contester les idées du Front national sur tous les terrains, là où on en a les moyens. Mais il faut surtout lui disputer l'influence qu'il a gagnée sur les classes populaires et les travailleurs. Pour cela, il ne faut pas apparaître comme le porte-voix, même « critique », de cette austérité de gauche que la majorité va mettre en place. Il faut que se développe au sein de la classe ouvrière, et sur ses objectifs de classe, une opposition tout aussi radicale et déterminée que l'extrême droite sait l'être... en paroles.

C'est un des enjeux de la période que les communistes révolutionnaires auront à assumer.

Jean-Pierre VIAL