Il y a dix ans, l'attentat de Karachi - Le couvercle du secret défense sera-t-il levé ?

09 Mai 2012

Cela fait tout juste dix ans qu'a eu lieu à Karachi, au Pakistan, l'attentat contre un bus transportant des employés de la Direction des chantiers navals (DCN), faisant quatorze morts dont onze salariés français. Et cela fait dix ans aussi que les familles des victimes se battent pour connaître l'entière vérité sur cette affaire. Le 4 mai, la Commission consultative du secret de la défense nationale vient d'autoriser la déclassification de 65 nouveaux documents, qui permettront peut-être d'y voir un peu plus clair.

Une partie du voile avait déjà été levée il y a deux ans, concernant le volet financier de l'affaire, en dépit du couvercle imposé au nom du secret défense, des manipulations et des mensonges jusque dans les sommets de l'appareil d'État, Balladur qualifiant les accusations qui le visaient de « tissu d'invraisemblances et d'absurdités », et Sarkozy parlant de « fable grotesque ». L'instruction ouverte suite à la plainte des familles avait alors mis à jour des pratiques peu ragoûtantes, mais néanmoins courantes, liées aux contrats d'armement de l'État.

En 1994, la vente de sous-marins au Pakistan avait été assortie du versement de commissions, c'est-à-dire de pots-de-vin, aux généraux et dirigeants de ce pays, chose tout à fait habituelle et même légale. Mais ce qui ne l'était pas, en revanche, c'est qu'une partie de ces sommes était revenue clandestinement à la partie française, dont vingt millions de francs en liquide (soit environ trois millions d'euros) qui auraient servi à financer la campagne de Balladur, opposé à Chirac aux élections présidentielles de 1995.

Une fois élu, Chirac avait mis fin aux commissions, ce qui aurait provoqué en représailles l'attentat de Karachi. Des intermédiaires, dont Ziad Takieddine, ont été mis en examen. L'enquête a montré qu'il était un proche de Sarkozy, qui était en 1995 directeur de campagne de Balladur et ministre du Budget !

En mars dernier, François Hollande a promis aux familles des victimes que, s'il était élu, il ne s'opposerait pas à la publication de tous les documents classés secret défense relatifs à l'attentat de Karachi et laisserait la justice faire son travail. Promesse d'autant plus facile à tenir qu'elle vise ses adversaires, dont Sarkozy, qui ne sera plus couvert par l'immunité présidentielle. Mais d'ici à ce que lui et ses proches soient inquiétés au point de passer devant un tribunal, il peut s'écouler encore une vingtaine d'années, comme ce fut le cas pour Chirac lorsqu'il fut jugé pour une affaire de pots-de-vin.

Marianne LAMIRAL