Après l'élection de François Hollande

09 Mai 2012

Hollande a donc remporté l'élection présidentielle avec 51,68 % des voix, contre 48,32 % pour Sarkozy. Un peu plus d'un million de voix ont donc séparé les deux hommes. Loin de l'écart imaginé par les sondeurs.

Il faut tenir compte également du fait que, si l'abstention a été relativement faible comparée à celle des élections présidentielles précédentes - quelque 18 % -, la part des votes blancs et nuls a été de 5,8 %, c'est-à-dire un taux se rapprochant de celui de l'élection présidentielle de 1969, opposant au deuxième tour Poher à Pompidou, « bonnet blanc et blanc bonnet » selon le Parti communiste de l'époque.

Dans ce pays où le poids électoral de la droite et de l'extrême droite additionnées est plus important que celui des voix de gauche, Hollande a su capter à son profit le rejet de Sarkozy venant certes essentiellement de la gauche mais aussi, pour une part, de l'électorat centriste, voire d'extrême droite.

S'il se trouve toujours dans l'électorat du Parti socialiste du monde pour la Bastille, histoire de se remémorer 1981 et l'arrivée de Mitterrand au pouvoir, dans les entreprises la satisfaction de s'être débarrassé de Sarkozy n'a certes pas pris l'allure d'un débordement d'enthousiasme. Bien peu dans la classe ouvrière attendent de Hollande autre chose que quelques gestes symboliques.

Ces gestes symboliques, Hollande va peut-être les faire, d'autant plus que, dans la foulée de la présidentielle, il y a les législatives et que le Parti socialiste est d'ores et déjà engagé dans la campagne pour compléter la victoire de Hollande en décrochant la majorité à l'Assemblée nationale. Il bloquera sans doute le prix des carburants pendant trois mois, donnera un « petit coup de pouce au smic », une hausse dérisoire, augmentera l'allocation de rentrée scolaire et consentira peut-être quelques rabais sur le coût du permis de conduire. C'est mieux que rien, mais à peine !

Il est inutile de faire des spéculations en se demandant si Hollande bénéficiera d'un « état de grâce » auprès de ses électeurs.

PAS D'ÉTAT DE GRÂCE DU PATRONAT ENVERS LES TRAVAILLEURS

Du côté du grand patronat et des marchés financiers, il n'est pas question d'état de grâce. En récapitulant les plans de licenciements déjà connus, le quotidien Le Parisien évoque, à juste raison, la crainte de plans sociaux en rafale. Il rappelle qu'entre 20 000 et 30 000 postes sont menacés dans l'industrie alimentaire, chez Danone, Nestlé, Coca-Cola et bien d'autres ; que Carrefour envisagerait entre 3 000 et 4 000 suppressions de postes ; que le trust Peugeot Citroën envisage la fermeture de son usine d'Aulnay-sous-Bois ; qu'Areva, le groupe nucléaire, a annoncé il y a peu plusieurs milliers de suppressions de postes dans les deux ou trois ans à venir et qu'Air France prévoit également un plan de réduction de ses effectifs !

Ce n'est que la partie émergée de l'iceberg ! Et ce n'est que la marche pour ainsi dire normale de la crise économique. Le rebondissement de la crise financière pourrait l'aggraver.

Si l'état-major de Hollande a pu enregistrer avec satisfaction que son élection n'a pas été suivie par une chute des valeurs boursières, il faut qu'il se dépêche de se réjouir. Le jour de grâce peut n'être que d'un jour, justement. Non pas que les milieux financiers craignent Hollande, mais la spéculation autour de l'euro peut se déclencher à n'importe quel moment et sur tout et n'importe quoi. Il y a une seule monnaie mais dix-sept dettes publiques dans la zone euro : depuis que le système financier a découvert les multiples possibilités de spéculation que cette situation recèle, les coups de vent spéculatifs ne se sont calmés que par intermittence. Et les commentateurs de parler d'un « tsunami spéculatif » si les milieux financiers, inquiets de la situation en Grèce où une crise politique vient de s'ajouter à la crise de la dette, se remettaient à spéculer sur les dettes publiques du Portugal, de l'Espagne, de l'Italie et, dans ce cas aussi, sur celle de la France.

Autant dire que l'histoire des premiers mois de pouvoir du Parti socialiste ne s'écrira pas dans les élections législatives, encore moins dans les alliances qui se marchandent, mais dans les rebondissements de la crise financière.

QUEL EST LE SENS DU « VOTE UTILE » POUR UNE ASSEMBLÉE SANS POUVOIR ?

À peine la présidentielle terminée, les états-majors se sont lancés dans les législatives. Du côté de l'UMP, à écouter les successeurs de Sarkozy et néanmoins rivaux entre eux, Fillon, Copé, Bertrand, l'axe de la campagne électorale est déjà tout trouvé : il faut empêcher le Parti socialiste de détenir tous les pouvoirs institutionnels. L'argument ne manque pas de sel, de la part d'une clique politique qui a longtemps détenu tous ces pouvoirs !

Quant au Parti socialiste, son axe est de réclamer pour Hollande la majorité à la Chambre, pour éviter la cohabitation.

Les nécessités de la campagne électorale donneront peut-être à la droite une cohésion temporaire en faisant taire pour quelques semaines la guerre des chefs, potentiellement déclenchée par le départ de Sarkozy. Encore que... Le choix d'une sorte de direction collégiale incluant les principaux prétendants, Copé, Fillon, Juppé, Bertrand, etc., ne fait que dissimuler un peu les rivalités.

L'UMP subit par ailleurs la pression du Front national qui, fort des 17,9 % de Marine Le Pen, sait qu'il peut imposer des triangulaires dans plus de 350 circonscriptions. Les dirigeants de l'UMP continuent à jurer leurs grands dieux qu'il n'est pas question de s'entendre avec le Front national. Mais, dans l'ensemble hétéroclite qu'est ce parti, comment imposer à tous les députés en place, et qui voudraient le rester, de ne pas passer alliance avec le Front national ? Le Figaro titre avec un sens certain de l'euphémisme : « L'UMP s'interroge sur ses relations avec le FN ». Apparemment, les députés de la droite dite populaire, la frange d'extrême droite de l'UMP, ne s'interrogent plus et, comme le dit l'un d'eux, ils prônent « le pragmatisme » face au « blocage idéologique ». Il est vrai que, même en cherchant bien, ces gens-là ne voient pas la différence entre la phraséologie du Front national et celle de l'UMP des derniers jours du règne de Sarkozy !

Côté socialiste, ce sont évidemment les calculs et les manoeuvres sur les places de ministres qui focalisent l'attention.

Les manoeuvres pour décrocher des sièges de ministres avaient commencé avant même que l'élection de Hollande soit assurée. Se greffent là-dessus les ambitions des alliés, ou présumés tels, des écologistes au Front de gauche, pour des places de ministres pour les uns, de députés pour d'autres. Les écologistes se distinguent dans cette dérisoire course à l'échalote et se sont réunis en urgence pour décider solennellement d'accepter des postes de ministres, que pour le moment personne ne leur offre !

Le Front de gauche, plus discret, n'est pas dans la même situation. Si Hollande ne tenait pas entre les deux tours à un soutien trop voyant de Mélenchon, qui risquait de le gêner dans ses oeillades vers les centristes, il en va autrement maintenant qu'il est élu.

En cas de mesures d'austérité susceptibles de déclencher la colère parmi les travailleurs, il pourra avoir besoin d'une caution de gauche. Faut-il rappeler qu'en 1981 aucun contrat ni même aucun calcul parlementaire n'avait obligé Mitterrand à soigner ses relations avec le PCF, au point de prendre des ministres communistes ?

Bien sûr, le Parti communiste d'aujourd'hui n'est plus que l'ombre du Parti communiste du temps de Marchais. Néanmoins, le milieu du Parti communiste continue à garder une certaine influence sur l'appareil syndical de la CGT, qui pourrait être utile à un Hollande en difficulté du côté du monde du travail.

Même si elle ne résulte pas d'une poussée à gauche, l'élection de Hollande, surtout si elle est complétée par la victoire du Parti socialiste aux législatives, va faire bouger les lignes politiques.

La droite, sous la forme d'une UMP maintenue ou décomposée en cliques différentes, sera certainement plus virulente à l'égard du nouveau pouvoir socialiste que ne l'étaient les socialistes contre le pouvoir de droite. Et elle sera talonnée par le Front national.

L'avenir dira si celui-ci parviendra à l'ambition qu'il affiche : pour commencer, être représenté à l'Assemblée nationale, puis, un éventuel éclatement de l'UMP aidant, devenir une composante importante de la droite.

Mais le simple fait que la responsabilité des mesures d'austérité imposées par la finance soient imputées au Parti socialiste renforcera globalement la droite dans l'opposition. Cette évolution préjudiciable au monde du travail ne saurait être contrecarrée par le petit jeu parlementaire. Seule l'intervention de la classe ouvrière sur le terrain politique pourrait bouleverser cette évolution.