De Marchais à Mélenchon : les orateurs fanfarons préparent les ministres disciplinés

22 Mars 2012

Avec le succès de son rassemblement le 18 mars place de la Bastille, Jean-Luc Mélenchon affirme avoir infléchi à gauche la campagne présidentielle. Il avait déjà affirmé que « chaque fois que le Front de gauche monte dans les sondages, Hollande se gauchit et Sarkozy devient plus attentif à la question de l'excessive richesse ». Il faut croire que Sarkozy possède des informations secrètes sur les sondages de Mélenchon, puisqu'il aurait même repris son programme relatif à l'imposition des exilés fiscaux...

Au-delà des vantardises, le candidat du Front de gauche s'adresse à ces millions d'électeurs populaires qui se méfient d'un gouvernement Hollande, car ils se souviennent des promesses non tenues des précédents gouvernements socialistes. Une méfiance renforcée par le fait que Hollande ne s'engage pas sur grand-chose.

À tous ceux-là, Mélenchon affirme qu'un score élevé en sa faveur pourrait contraindre Hollande à reprendre certaines de ses propositions, à avoir une politique plus à gauche. C'est déjà ce qu'avait fait le candidat du PCF Georges Marchais face au candidat du PS Mitterrand en 1981, avec un vocabulaire plus radical que le Mélenchon d'aujourd'hui. Le slogan de Marchais était « Sans ministres communistes, pas de changement possible ». Il revendiquait une liste imposante de nationalisations, tirée du Programme commun de la gauche signé avec le PS en 1972. Il affirmait vouloir « tout » prendre aux riches. Les militants du PCF se livraient aussi à de la surenchère nationaliste. On voyait le PCF parler de « Produisons français » et de contrôle de l'immigration. Au final, Marchais avait eu un peu plus de 15 % des suffrages à l'élection présidentielle, en recul sur les scores précédents, et avait appelé à voter Mitterrand au second tour. Ce dernier, une fois élu, avait pris dans son gouvernement quatre ministres issus du PCF. Mais ceux-ci n'ont rien pesé sur la politique de Mitterrand.

Aujourd'hui, en fait de radicalité, celle de Mélenchon se réduit à des mots ronflants et à la promesse fumeuse d'une VIe République dont personne ne sait ce qu'elle changerait dans la vie des gens. Bien sûr, on peut prédire qu'un score favorable à Mélenchon et l'élection de Hollande pourraient favoriser, à l'issue d'un marchandage avec le PS, l'élection de députés du Front de gauche, voire même l'attribution de quelques postes de ministres à des politiciens venus de ce milieu. Mais ceux-ci ne feront que ce que Hollande décidera. Or, avec ou sans ministre du Front de gauche, avec Mélenchon à 5 comme à 15 %, les attaques antiouvrières de Hollande dépendront avant tout de la profondeur de la crise et des besoins du grand patronat. Et, une fois encore, les électeurs et certains militants se sentiront « trahis » par ces attaques venant de ceux qu'ils auront élus.

Mais, si trahison il y a, c'est maintenant qu'elle a lieu, avant les élections. Elle est le fait de ceux qui prétendent défendre les travailleurs en leur disant qu'un bon vote puis un bon gouvernement les protégeront des conséquences de la crise et de l'avidité patronale. C'est leur préparer des lendemains qui déchantent.

P. G.