L'exploitation éhontée des travailleurs chinois par Apple

01 Février 2012

Au moment même où Apple annonce des ventes et des profits records, le New York Times a publié une enquête dénonçant les conditions de travail des ouvriers qui, en Chine, assemblent les ordinateurs et les appareils comme l'iPhone et l'iPad.

Apple sous-traite à des dizaines d'entreprises pour fabriquer ses produits, surtout en Asie où la main-d'oeuvre, même qualifiée, est bien moins chère qu'aux États-Unis, et plus flexible.

En Chine, près de 700 000 salariés au total travaillent dans les usines d'assemblage et aux différentes étapes de la production, pour des salaires de 13 euros, six jours sur sept, douze heures par jour. Leurs conditions de travail sont très dures, au point que, pour certains, leurs jambes « enflent jusqu'à ce qu'ils puissent à peine marcher ».

Une grande partie du personnel vit dans les bâtiments mêmes des entreprises, entassé dans des dortoirs collectifs, afin d'être disponible en cas de besoin. Comme ce jour où, suite au remaniement soudain d'une chaîne d'assemblage, 8 000 ouvriers ont été réveillés en pleine nuit, avec juste un biscuit et une tasse de thé, pour monter des écrans de verre sur des téléphones. Sur les murs d'une usine sont placardées des affiches où est écrit : « Travaille dur pour faire ton boulot aujourd'hui, ou tu travailleras dur pour trouver un boulot demain. »

Le plus gros sous-traitant d'Apple est le groupe taïwanais Foxconn, qui fabrique 40 % de toute l'électronique mondiale. Foxconn a de nombreuses usines, dont celle qui assemble l'iPhone, véritable ville-usine où 230 000 personnes sont regroupées. Chez Foxconn, les vapeurs des produits chimiques ont empoisonné les travailleurs ; des explosions dues à de la poussière d'aluminium dégagée par le polissage des appareils ont fait des morts et des centaines de blessés ; et en 2010 une vague de suicides avait entraîné des manifestations de colère importantes.

Apple fait semblant de ne rien savoir. Son « Code de conduite » qui, soit dit en passant, considère parfaitement normale la semaine de 60 heures, est régulièrement enfreint par les sous-traitants. Qu'à cela ne tienne : dans un mail interne, son PDG réaffirme sans honte : « Nous nous soucions de nos travailleurs partout dans le monde. »

Les ouvriers qui travaillent pour Apple en Chine se souviendront de quelle manière le groupe les a traités, le jour où leur colère éclatera.

Pierre MERLET