Le bluff de la taxation des transactions financières

01 Février 2012

Soucieux de ne pas (trop) apparaître comme le président des riches à la veille de l'élection présidentielle, Sarkozy a donc ressorti l'idée d'une « taxation des transactions financières ».

Notons d'abord qu'avancer une idée ne signifie pas qu'elle va se concrétiser. Le Figaro, qui défend pourtant bec et ongles Sarkozy, a ainsi titré qu'une telle taxation serait mise en place « dès le 1er août ». Autrement dit, après le scrutin présidentiel et un possible changement de majorité et de président : le risque n'est donc pas bien grand.

Et il l'est d'autant moins quand on regarde ce projet dans le détail. Le quotidien économique Les Échos précise ainsi que la taxe, d'un montant de 0,1 % et concernant les seuls « titres cotés à Paris », « épargnera les obligations ». Celles-ci représentent pourtant plus de la moitié des volumes traités sur les marchés financiers français. De même, « les transactions "de gré à gré" qui constituent une part prépondérante des transactions en France », relève ce journal, seront peu ou pas touchées car elles « laissent moins de traces ». La loi prévoira également que les « intermédiaires financiers déclarent toutes leurs transactions » ; avec autant d'efficacité, on l'imagine, que la loi censée obliger les mêmes intermédiaires à déclarer l'argent de leurs riches clients, qu'ils camouflent sur des comptes dans des paradis fiscaux.

Quant aux banquiers, pourtant principaux acteurs et bénéficiaires de la spéculation mondiale, toute une série de leurs opérations -- dont celles sur les devises, ainsi que les actions et les produits financiers dérivés non cotés en France -- sont explicitement exclues du champ de cette taxation, au taux par ailleurs des plus dérisoires.

Cité par Le Figaro, un cabinet d'analyse estime qu'une loi taxant à ce taux de 0,1 % toutes les transactions financières devrait rapporter quatre milliards par an à l'État français. Le gouvernement, peu suspect de vouloir dévaloriser ce nouveau tour de passe-passe de l'illusionniste Sarkozy, estime, lui, à un milliard -- donc quatre fois moins -- ce que sa taxe rapportera à l'État. Et encore, si elle est appliquée et si, d'ici là, ces prévisions ne sont pas revues à la baisse.

Le Premier ministre britannique, Cameron, a déclaré ce projet de Sarkozy « incroyable » -- sans préciser comment il fallait entendre la chose --, ajoutant que le Royaume-Uni gardait ses portes grandes ouvertes aux banques et entreprises françaises qui voudraient trouver refuge outre-Manche.

Humour anglais ou pas, on ne signale aucun afflux de banquiers et d'hommes d'affaires sur les ferries ou les trains trans-Manche.

Pierre LAFFITTE