Espagne : attaques en série contre les classes populaires Trop c'est trop !

01 Février 2012

Les chiffres du chômage viennent de tomber et rendent compte de la dégradation rapide de l'économie et surtout de la misère qui s'installe. Plus de cinq millions et demi de chômeurs en cette fin d'année 2011, c'est dire que 22,85 % de la population active est privée d'emploi et qu'un jeune sur deux de moins de 25 ans est à la recherche d'un travail.

L'Andalousie et les Canaries sont les régions les plus touchées, avec des taux de chômage dépassant 30 %. Derrière ces chiffres, ce sont des milliers de jeunes qui retournent vivre chez leurs parents, des couples, seuls ou avec enfants, qui trouvent refuge dans la famille après avoir été expulsés de leur logement. En Espagne, où le système locatif est peu développé, des centaines de milliers de familles ouvrières ont acheté à crédit leur logement et l'ont perdu, ne pouvant plus payer les traites. Trois cents expulsions ont lieu en moyenne par jour et un million de logements ont ainsi été saisis par les banques, qui continuent à exiger le paiement du crédit ! Seule la solidarité familiale permet à beaucoup de garder tant bien que mal la tête hors de l'eau. Mais pour combien de temps ? Les licenciements continuent, suite à des compressions d'effectifs ou tout simplement à la fermeture d'entreprises, comme celle de Spanair, annoncée brutalement vendredi dernier et qui emploie directement ou indirectement quelque 4 000 travailleurs.

Avoir un travail ne suffit souvent plus. Le pouvoir d'achat est amputé par la hausse des impôts, le quasi-gel des salaires, voire leur baisse chez les fonctionnaires et dans les entreprises où les patrons déclarent être en difficulté. Pire, des travailleurs ne reçoivent même pas leur salaire quand les payeurs, les Autonomies régionales ou les communes par exemple, annoncent ne plus avoir les fonds nécessaires.

Le gouvernement de droite de Rajoy vient de déclarer qu'il entend appliquer à la lettre les directives du fonds européen. L'objectif « zéro déficit » est à l'ordre du jour, et les Communautés autonomes, très endettées, sont prévenues qu'elles doivent se mettre au pas sous peine de sanctions. Rajoy a annoncé une coupe budgétaire de 40 milliards d'euros, et cela signifie encore moins de moyens pour le service public, la santé et l'éducation en particulier.

Face à ces attaques, les syndicats comme les Commissions ouvrières ou l'UGT protestent, faiblement, mais tout en signant des accords de « modération salariale ». Le patronat trépigne pour que passe au plus vite la réforme du travail lui permettant d'embaucher et licencier au moindre coût. Et toutes ces attaques se produisent dans une ambiance de corruption généralisée, de détournements de fonds publics, qui éclabousse le monde de la politique et des affaires... jusqu'au gendre du roi.

Les travailleurs ne sont pas sans réagir : ici dans l'éducation, là dans la santé, et même parmi la police de Catalogne, pour leurs salaires. Mais ces mouvements peinent à balayer un sentiment d'impuissance que renforce le chômage. Reste l'écoeurement contre ces banquiers affairistes, dont il faut espérer qu'il se transformera en un mouvement social profond pour refuser de payer la crise.

Hélène GRILLET