Rwanda : nouvelle expertise de l'attentat de 1994 - Les missiles tirés depuis le camp des massacreurs hutus

20 Janvier 2012

Dix-huit ans après l'assassinat du président rwandais Habyarimana, le 6 avril 1994, qui avait donné le coup d'envoi au massacre de 800 000 personnes en majorité tutsies par le pouvoir hutu, une expertise conduite par le juge Marc Trévidic a fait la démonstration, sur les lieux de l'attentat, que les deux tirs de missile qui ont abattu l'avion du président venaient d'une colline tenue par les forces armées rwandaises, les FAR censées le protéger, et non pas d'une colline contrôlée par ses adversaires tutsis.

Si on ne sait pas qui a tiré, on sait désormais avec certitude de quel camp venait le tir. Dès maintenant cela anéantit le rapport du juge Bruguière qui, lui, mettait en cause le régime de Paul Kagamé, l'actuel président du Rwanda. En 2006, le juge avait défendu, sans enquête sérieuse sur le terrain, la thèse que c'était le camp tutsi, celui de Kagamé, qui avait assassiné le président hutu, déclenchant ainsi le génocide contre sa propre ethnie !

Bruguière s'appuyait sur des témoignages à sens unique, ceux d'anciens massacreurs hutus, de soldats français présents au Rwanda à l'époque où l'État français soutenait Habyarimana et de transfuges du parti de Kagamé.

Cette thèse, soutenue aussi par le journaliste Pierre Péan, avait non seulement l'avantage d'attribuer la responsabilité du génocide rwandais à Paul Kagamé, dont les troupes avaient finalement balayé le pouvoir hutu à l'issue de la guerre civile qui avait suivi les massacres, mais elle permettait également d'atténuer la responsabilité de l'État français, qui avait largement participé via ses militaires à l'entraînement et à l'encadrement des massacreurs hutus.

Bruguière soutenait la thèse d'un complot de Kagamé. L'expertise de Marc Trévidic confirme que, si complot il y a eu, il venait au contraire de l'entourage du président assassiné, y compris de sa veuve, Agathe Habyarimana. Ces dirigeants hutus se servirent de la mort du président pour lancer le massacre des Tutsis qu'ils préparaient depuis longtemps.

Il reste cependant un point obscur dans l'affaire de l'attentat contre le président rwandais. Les deux missiles qui ont été tirés exigeaient une compétence technique que les forces armées rwandaises ne possédaient pas. « Cela soulève la question de la participation de conseillers étrangers mais personne n'a voulu enquêter sur ce terrain-là jusqu'à présent », a souligné l'avocat de Kagamé, en rappelant la présence, à l'époque, d'un expert en coups tordus, le commandant français Paul Barril, jamais auditionné par Bruguière. On attend donc la suite.

Jacques FONTENOY