Roumanie : manifestations contre l'austérité

20 Janvier 2012

Depuis le 12 janvier, des milliers de manifestants se rassemblent dans les villes de Roumanie, pour s'opposer aux conséquences de la politique d'austérité menée depuis 2010 par le gouvernement à l'instigation du FMI et des autorités européennes.

Avant de s'étendre à vingt villes puis, le 16 janvier, aux quarante préfectures du pays, les manifestations ont commencé en Transylvanie, à Târgu Mures. La colère a été déclenchée par la démission, le 10 janvier, du secrétaire d'État à la Santé, Raed Arafat, médecin urgentiste connu et apprécié qui, il y a une dizaine d'années, avait lancé dans cette ville le Smurd, le service national d'urgences médicales.

En effet, il y a quelques semaines, le gouvernement et le président de la République Traian Basescu, en lançant une discussion publique, remettaient en cause le financement du système de santé. Cette « réforme » devait entraîner la disparition des CJAS, les Maisons départementales d'assurances santé. Même si leur équivalent national demeurait, des établissements privés devaient être créés pour gérer les fonds provenant des cotisations sociales payées par les employeurs comme par les employés (5,5 % chacun). Les conséquences pour les hôpitaux, évoluant ainsi vers un fonctionnement de société commerciale, avaient de quoi choquer. D'autant plus qu'il était également question de privatiser le Smurd, dont Raed Arafat gère toujours l'activité.

Le secrétaire d'État à la Santé s'était élevé contre la privatisation partielle du système de santé roumain, dans un pays dont la majorité des habitants vivent depuis longtemps au-dessous du seuil de pauvreté.

Après que le FMI et l'Union européenne, en 2009, avaient décidé d'un prêt de 20 milliards d'euros à la Roumanie, les salaires du secteur public avaient baissé de 25 %, les retraites de 15 %, pendant que le taux de TVA passait de 19 à 24 % et que le chômage continuait de s'étendre. Un nouvel accord du même type, en mars dernier, accentuait la baisse du pouvoir d'achat et les mesures d'austérité.

Alors, le fait que les services médicaux soient la cible des entreprises privées de santé a mis le feu aux poudres. Il faut ajouter qu'elles sont aidées par le gouvernement du président Basescu dont la fille, comme par hasard, se trouve à la tête d'une des principales officines privées, une autre officine étant dirigée par le maire de Bucarest...

Après plusieurs jours de manifestations dans le pays, le gouvernement a retiré le projet de loi. Mais, pour l'instant, ce recul n'a pas suffi à stopper la vague de rassemblements. Le « peuple de vermisseaux » qui refuserait toutes les réformes, comme l'a appelé Basescu dans une déclaration provocatrice, ne semble pas décidé à ramper devant les décisions du pouvoir. Réclamant de nouvelles élections, la démission du gouvernement Boc, du président Basescu et des politiciens corrompus, les manifestants annoncent que le mouvement se poursuivra chaque soir.

Hubert PAILLON