Protectionnisme : un rideau de fumée

20 Janvier 2012

Les deux tiers des exportations chinoises ne sont pas le fait de groupes à capitaux chinois mais d'entreprises étrangères, qu'elles soient japonaises, américaines ou européennes, implantées en Chine. C'est dire que ce sont des groupes capitalistes, certains bien de chez nous, qui font des bénéfices avec les produits made in China.

Loin de dénoncer leur course au profit, tous les candidats à la présidentielle, de Le Pen à Bayrou, Sarkozy, Hollande ou même Mélenchon, désignent d'une façon ou d'une autre la Chine comme responsable des fermetures d'usines. Et de mettre en avant, qui le protectionnisme et les taxes aux importations, qui le « produisons ou achetons français », tout cela sans dénoncer la rapacité des groupes capitalistes.

De plus, la valeur des produits fabriqués en Chine ne va même pas aux entreprises chinoises exportatrices. Par exemple, selon les chiffres données par le journal Challenges, un iPhone est vendu officiellement 179 dollars par la firme chinoise Foxconn. Mais, sur ce prix, l'assemblage réalisé en Chine par Foxconn ne lui rapporte que 6,5 dollars, soit moins de 4 % de la valeur totale de l'iPhone. L'essentiel de la valeur de l'iPhone va au Japon pour 34 %, à l'Allemagne pour 17 %, à la Corée du Sud pour 13 %, ou encore aux États-Unis pour 6 %, à travers l'achat de ses composants.

La production est mondialisée depuis bien longtemps. Mais pointer du doigt la Chine est un bon dérivatif à la colère qui pourrait s'exprimer contre les grands groupes qui pillent le travail et la richesse de l'ensemble de la planète.

En réalité, les travailleurs européens, japonais ou américains ont les même intérêts que les ouvriers chinois de Foxconn, dont les salaires mensuels selon Challenges sont passés de 97 euros en 2010 à 217 euros en 2011. C'est avec eux que la solidarité doit se construire, et non avec les patrons bien de chez nous qui pleurent et font pleurer leurs hommes politiques sur la concurrence chinoise.

Étienne HOURDIN