Naufrage du Costa Concordia : les profits de Costa surnagent

20 Janvier 2012

Quatre jours après le naufrage du bateau de croisière Costa Concordia devant l'île du Giglio, en Méditerranée, on comptait au moins onze morts, une vingtaine de disparus et plusieurs dizaines de blessés, pour 3 200 passagers et mille membres d'équipage.

L'armateur, le groupe Carnival dont Costa est une filiale, s'est empressé de faire porter l'entière responsabilité au capitaine du Concordia. Il semble bien en effet que ce serait ce dernier qui a dirigé le navire sur les récifs puis a été incapable de faire face. Il aurait même abandonné le navire avant que la totalité des passagers et de l'équipage soient en sûreté.

Mais le naufrage a surtout démontré le risque pris en rassemblant des milliers de personnes, dont un très petit nombre de marins professionnels, dans ce qui ressemble plus à un casino flottant qu'à un navire de haute mer.

Il a en effet fallu plusieurs heures pour évacuer tout le monde, alors que le temps était beau, le navire échoué très près d'une côte habitée et éclairée et que des secours sont venus du rivage. Pourtant, même si les embarcations de secours avaient toutes été opérationnelles l'équipage n'aurait de toute façon pas pu faire évacuer rapidement des milliers de personnes paniquées, inexpérimentées, dans un environnement inconnu et dangereux. Alors que se passerait-il en cas d'incendie ou de tempête en pleine mer, que se serait-il passé si le Concordia, au lieu de s'échouer, avait coulé ?

Pour faire des économies d'échelle, de personnel, de carburant, pour pouvoir proposer des piscines, des casinos, des supermarchés, des gymnases, des salles de bal, voire des jardins suspendus et une ligne de métro en croisière, les armateurs font naviguer de véritables cités flottantes. Pour les faire passer tout près des côtes afin que les touristes puissent toucher les rochers de la main et pour leur permettre d'aborder ailleurs qu'entre deux supertankers, les navires de croisière ont le tirant d'eau le plus faible possible. Cela les rend extrêmement instables en cas de vent fort, comme plusieurs incidents l'ont prouvé en Manche et dans les Caraïbes.

Malgré cela, les armateurs mettent en chantier des navires de plus en plus grands et la prochaine génération emportera 8 000 personnes à son bord. La même logique de rentabilité immédiate prévaut d'ailleurs pour tous les types de bateau. Ainsi des navires où 13 000 conteneurs s'empilent sur huit étages au-dessus du pont empruntent la Manche tous les jours, des bateaux quasiment aveugles, bien trop lourds pour être secourus par des remorqueurs en cas d'accident. Qu'importe, de plus gigantesques sont d'ores et déjà en chantier.

Cette course à la taille est une course au profit. Carnival a engrangé presque deux milliards de dollars de bénéfices l'an passé pour un chiffre d'affaires de moins de 16 milliards ! Et vogue la galère...

Paul GALOIS