Les agences de notation ou l'arbre qui cache la forêt

20 Janvier 2012

De nombreux politiciens présentent les principales agences de notation, qui sont au nombre de trois, comme les responsables de la crise actuelle, voire comme des « agents de l'étranger ».

Certes, Standard & Poor's et Moody's sont américaines. La première appartient à Harold McGraw III, rejeton d'une dynastie de capitalistes, l'autre est la propriété de Warren Buffet, troisième fortune mondiale, via sa société d'investissement Berkshire Hathaway. Mais, malgré son nom anglo-saxon, l'autre larron, Fitch, est détenu à 60 % par un financier bien français, Marc Ladreit de Lacharrière.

Ces trois agences dépendent de groupes financiers et leurs propriétaires facturent leurs services au prix fort. En 2009, ces agences ont encaissé quatre milliards de dollars. Leurs appréciations, souvent payées par des entreprises qui en ont besoin pour appâter le client, n'ont d'autre valeur que celle qu'on leur prête. On l'a constaté lors de la spéculation sur l'immobilier américain : elles avaient noté positivement des produits financiers pourris qui allaient être à l'origine de la crise financière de 2008. Elles n'avaient fait là que répercuter un avis mensonger, mais pour lequel de gros requins de la finance mondiale les payaient.

Warren Buffet a fait fortune dans la spéculation à très grande échelle et Moody's, qu'il possède, lui rapporte sans doute gros. Mais c'est sans commune mesure avec Goldman Sachs, première banque d'affaires mondiale dont il est un gros actionnaire. Après avoir été au coeur de la spéculation sur les subprimes aux États-Unis, cette banque a entre autres conseillé et en même temps étranglé financièrement l'État grec.

Les agences de notation ne sont qu'une partie de ce système spéculatif et, à ce titre, elles sont loin d'être neutres dans leurs notations. Mais en faire un facteur essentiel de la crise, pour des politiciens comme Mélenchon, Dupont-Aignan ou Le Pen, c'est un procédé tendancieux pour ne pas mettre l'accent sur les responsabilités de l'ensemble du système financier, dans lequel on trouve en bonne place les grandes banques françaises comme BNP Paribas, le Crédit agricole et la Société générale.

Or c'est bien ce système qu'il faut renverser.

Pierre LAFFITTE