La perte du AAA de l'État français : la spirale sans fin de la dette

20 Janvier 2012

Vendredi 13 janvier, l'agence de notation Standard & Poor's a annoncé qu'elle abaissait la note de l'État français, qui passe de AAA à AA+, ce qu'on peut traduire en langage courant : de 20 sur 20 à 19 sur 20. Cette note est censée évaluer la capacité de l'État français à rembourser ses dettes.

Elle s'adresse aux investisseurs -- banques, compagnies d'assurances, fonds d'investissement -- qui pourront s'appuyer sur cette décision pour faire payer ses emprunts à l'État français à des taux un peu plus élevés qu'à l'État allemand par exemple, qui conserve la meilleure note. En fait, c'était déjà le cas, les marchés financiers ayant anticipé la décision depuis longtemps.

Il faut savoir qu'une hausse de seulement 1 % du coût de ses emprunts représente pour l'État français un surcoût de 3 milliards d'euros la première année. Et ce renchérissement des crédits peut toucher les collectivités locales, elles-mêmes tombées sous l'emprise des banques, et se traduire par une hausse des taux d'intérêt des prêts immobiliers et des prêts à la consommation.

La nouvelle est évidemment gênante pour Sarkozy, qui avait fait du maintien de ce triple A -- dont l'immense majorité de la population ignorait alors et ignore sans doute encore l'existence -- l'un des arguments de sa campagne. Mais si hier Sarkozy justifiait ses plans d'austérité par la nécessité de conserver le triple A, demain il justifiera ses nouveaux plans par la nécessité de le reconquérir.

En l'occurrence, les agences de notation n'ont que l'importance qu'on leur accorde. Le vrai problème, c'est le niveau atteint par l'endettement des États et donc l'emprise des banquiers sur les budgets publics.

Pour aider de toutes les façons possibles la bourgeoisie à traverser la crise de son économie, pour sauver la mise des banquiers et des industriels, année après année les États impérialistes ont vidé leurs caisses, creusé leur déficit et accumulé les dettes. Le résultat, c'est qu'aujourd'hui, pour rembourser les dettes, ils sont encore contraints d'emprunter.

La dette de l'État français, à la fin de l'année 2011, a dépassé les 1 600 milliards d'euros. En 2012, l'État français a prévu d'emprunter 178 milliards d'euros sur les marchés financiers pour financer le déficit de son budget et rembourser la partie de ses dettes qui arrive à échéance dans l'année. En fait, la plus grosse partie de ces nouveaux emprunts servira à rembourser les anciens. En 2012 les remboursements de dette arrivant à échéance représenteront en effet 98 milliards d'euros, et les intérêts à payer pour les emprunts en cours 48 milliards. Ainsi, la dette nourrit la dette.

Une fraction croissante des richesses produites est ainsi confisquée par les banquiers, qui se comportent comme des usuriers, au détriment de l'économie productive, qu'ils étranglent, et des populations. La dette des États est devenue l'une des principales sources de revenus des banquiers et des marchés financiers. Ce sont eux qui imposent leur loi aux États. Sous prétexte de réduire les déficits publics, qu'ils contribuent à creuser, les gouvernements européens n'ont d'autre politique que d'additionner les plans, d'imposer des coupes dans les dépenses publiques pour alimenter, encore et toujours, la manne payée aux banques. C'est un cercle vicieux qu'il n'y a qu'une façon de briser : par l'expropriation des banques et leur mise sous contrôle de la population.

Jean-Jacques LAMY