Compétitivité et salaires : ce sont les profits qu'il faut baisser

20 Janvier 2012

À la veille du sommet social convoqué par Sarkozy, le ministre du Travail Xavier Bertrand a précisé son point de vue. S'il a marqué ses distances avec le débat sur la « TVA sociale » et la remise en cause des 35 heures, il a relevé ce qui selon lui fait consensus : la nécessité de gagner ce qu'il appelle « la bataille de la compétitivité ». « Si vous voulez produire en France, il faut aussi que le coût du travail coûte moins cher en France », a-t-il dit, ajoutant : « Il faut moderniser notre système social » et « ne pas attendre le lendemain des élections pour le faire ».

Ce refrain sur la « bataille de la compétitivité » et la « nécessité absolue de faire baisser le coût du travail » n'est pas l'exclusivité des ministres et de la droite. Il se fait entendre à gauche et est même repris par certains dirigeants syndicaux.

Seulement, cette formule a un sens précis, celui de dire que les salaires seraient aujourd'hui trop élevés. Pour ceux qui se rallient à cette formule, ce n'est pas la part grandissante des profits qui poserait un problème, mais les salaires « trop élevés ». Il faut avoir un culot certain pour proposer de baisser le salaire, le « coût du travail », de millions de salariés qui n'arrivent déjà pas à vivre normalement avec le peu qu'ils touchent. C'est pourtant ce qui est proposé avec ce que ces gens là appellent « le plan compétitivité-emploi ».

« Compétitivité », cela veut dire la possibilité pour chaque patron de proposer de ramener les horaires à 32 heures, par exemple, en payant les salariés 32 heures ; ou encore d'augmenter les horaires de 10 % sans que cela soit payé ou mieux encore d'augmenter les horaires en baissant les salaires en échange d'une vague garantie d'emploi... pour certains salariés.

Grâce à la menace de la crise, certains patrons de l'industrie, et pas des moindres, comme le géant mondial de la construction de machines d'imprimerie Goss, ne se sont pas gênés pour proposer de ramener les licenciements à 15 % du personnel au lieu de 25 %, en échange de 12,5 % de travail en plus pour les salariés de fabrication. Continental a imposé aux 1 500 salariés de son usine de Sarreguemines de travailler 10 % de plus sans que cela soit payé, en échange de la promesse qu'il n'y aurait pas de licenciement jusqu'en 2014. Quant à la garantie, avancée par les promoteurs de ce projet de loi, de subordonner tout cela à un accord avec les syndicats, ce n'est en aucun cas une protection car, dans les exemples cités, il y a bien eu un accord, et unanime qui plus est. Et la liste des entreprises s'y essayant est loin d'être close : en clair, il s'agirait de généraliser ce qui a déjà commencé à être fait.

Il s'agit d'un marché de dupes. Pour ce qui est des garanties d'emploi, aucun patron ne s'est jamais senti engagé par quoi que ce soit en ce domaine, surtout pas par sa signature au bas d'un accord. Il s'agit simplement d'habiller une baisse des salaires, rebaptisée « baisse du coût du travail », en recourant à la loi, pour procurer encore plus de profits au patronat.

Paul SOREL