Areva : qui sait quoi ?

20 Janvier 2012

Anne Lauvergeon, qui fut membre du cabinet de Mitterrand puis nommée par Jospin à la tête du nucléaire français, a été récemment remplacée à ce poste par un de ses anciens adjoints, plus proche semble-t-il du gouvernement actuel. Cette banale permutation de fidèles serviteurs de l'État, et des sociétés privées qui prospèrent à son ombre, ne s'est pour une fois pas faite sans douleur.

Non seulement Anne Lauvergeon demande devant les tribunaux 1,5 million d'euros d'indemnités, mais elle vient de révéler qu'elle a été espionnée, ainsi que son compagnon, par des barbouzes. Et cela à la demande d'autres dirigeants d'Areva ayant, selon elle, le soutien des hautes autorités.

Il s'agirait en fait de trouver un coupable ou un responsable à une très mauvaise affaire faite par le groupe nucléaire en 2007. En 2006 la société minière Uramin valait 300 millions d'euros ; en 2007 Areva l'a payée 1,8 milliard ; et aujourd'hui Uramin est estimée à 400 millions d'euros... car on n'a pas trouvé d'uranium dans ses mines ! Mauvaise affaire ou escroquerie, et dans ce cas au profit de qui ? Personne ne sait ou personne ne parle.

Ce même groupe, qui ne sait pas ce qu'il fait de ses milliards, qui fait mettre son ex-PDG sur écoute, qui est le théâtre de luttes d'influence incompréhensibles au grand public, garantit par ailleurs la sécurité de ses installations nucléaires, de ses transports de matières radioactives, la sincérité de ses comptes et l'honnêteté de ses profits. Ces mêmes gens, qui gardent le secret sur leurs petites et grandes affaires, affirment la main sur le coeur qu'il leur faut supprimer des centaines d'emplois pour continuer à faire tourner leur petite boutique.

Qu'il s'agisse des profits, des emplois ou de la sécurité civile, la seule garantie de transparence serait la levée immédiate du secret des affaires et du secret industriel.

Paul GALOIS