Air France : vols en classe AAAustérité

20 Janvier 2012

Air France vient d'inaugurer une nouvelle classe : « Serrez vos ceintures au maximum ! » Cela s'inscrit dans une longue série de plans s'en prenant au personnel. En vingt ans, il y en a eu pas moins d'une douzaine, dits de « retour à l'équilibre » et autres noms fleuris, qui présentaient aux seuls salariés de la compagnie une addition concoctée par la direction.

Le nouveau PDG vient d'annoncer le gel des salaires et des embauches ; la fin des CDD et de l'intérim ; la dénonciation des accords d'entreprise, porte ouverte à l'aggravation des horaires et à une flexibilité accrue ; un nouveau tour de vis avec de possibles licenciements secs après l'élection présidentielle.

L'objectif est de récupérer un milliard d'euros sur quatre ans. Cela s'ajoute aux centaines de millions d'économies déjà réalisées aux dépens du personnel avec le précédent plan, ce qui s'est soldé, entre autres, par un gel des augmentations collectives et 10 % de réduction de l'effectif en quatre ans.

« Air France-KLM s'impose une cure d'austérité de trois ans », ont titré des médias. En fait, cette austérité renforcée ne vise que les salariés, alors qu'ils ne sont pour rien dans les difficultés du transport aérien, dans le seul but de dégager des profits pour ses actionnaires. Les « marchés » ne s'y sont pas trompés et, dès l'annonce de ce plan, l'action du groupe s'est envolée de 7 % à la Bourse.

Loin de là, à Roissy et à Orly, si certains disent attendre que la direction précise ses attaques, la plupart des travailleurs n'ont guère d'illusions sur ce qu'elle mijote. Ni sur ce que vaut sa parole quand elle invoque des problèmes financiers... juste après avoir commandé une centaine d'appareils et offert un cadeau de départ de 1,4 million à son ex-PDG.

Cette défiance assez générale, relevée par l'encadrement lors de récentes réunions organisées avec le personnel, la direction semble craindre qu'elle se transforme en colère. En tout cas, elle a refusé d'autoriser des heures d'information syndicale, sur son plan dans les ateliers et les hangars de Roissy. À Orly Nord et à l'usine de Villeneuve-Saint-Georges, où pareille demande a été formulée, elle n'a pas encore répondu.

La direction compte aussi sur certains syndicats qui répètent : « C'est la crise, alors des mesures sont indispensables, mais il faut qu'elles soient négociées », en espérant que cela suffira à désamorcer le mécontentement. Il pourrait aussi être détourné quand les mêmes jouent de certains préjugés contre les pilotes... pour laisser dans l'ombre les gros actionnaires et la direction qui les sert.

Le président du conseil d'administration du groupe, Spinetta, est au PS tandis que le PDG d'Air France, de Juniac, est de droite. Mais cela ne change rien au fait qu'ils mènent une même politique contre les salariés de la compagnie ; une politique que tous, quelle que soit leur profession, ont le même intérêt à combattre.

Correspondant LO