Hongrie : l'Europe au secours de ses banquiers

21 Septembre 2011

Avant même que la loi ne soit votée par le Parlement hongrois, l'Union européenne a fait savoir qu'elle pourrait la considérer comme illégale. L'Europe se serait-elle enfin décidée à contrer la politique raciste, vis-à-vis notamment de la minorité tzigane, du nationaliste Viktor Orban ? Non ! Ce qui la fait bondir est la mise en place d'un programme gouvernemental hongrois qui, censé protéger les emprunteurs, déplaît aux banques autrichiennes, mais aussi italiennes et allemandes.

Depuis 2000, ces banques, qui monopolisent le marché du crédit à la consommation en Hongrie, ont poussé les acquéreurs d'un logement ou d'une voiture à s'endetter en devises, surtout en francs suisses, en leur faisant miroiter des taux de crédit moins élevés. Mais avec la crise financière de 2008, le forint, la monnaie locale, a perdu de sa valeur tandis que le chômage explosait. Les emprunteurs ont été pris à la gorge. Et leur situation a empiré avec l'envolée du franc suisse sur fond de crise de l'euro. Leurs mensualités ont crû de 35 % depuis 2005. Et comme beaucoup ne peuvent plus payer, la banque met leur maison ou leur voiture aux enchères : une vente à vil prix qui le plus souvent n'éteint même pas la dette.

Par crainte de réactions de sa population, le pouvoir hongrois a donc adopté une loi permettant de geler le calcul des mensualités au taux officiel de 180 forints pour un franc suisse (contre près de 300 forints à la banque), avec un moratoire de la dette de trois ans. En contrepartie, les emprunteurs voient augmenter le montant et, plus encore, s'allonger la durée de leur endettement : jusqu'à 40 ans pour un logement.

C'est donc tout sauf un cadeau. Mais cela suffit pour provoquer la colère des autorités de Bruxelles qui, si elles se moquent du sort fait à la population de Hongrie, n'admettent pas même qu'on imagine aménager le vampirisme des banquiers. D'autant moins que la Hongrie n'est pas seule concernée : ces mêmes banquiers se sont aussi gavés de profits avec ces prêts en devises en Croatie et en Pologne, où la situation de millions d'emprunteurs est également dramatique.

Pierre LAFFITTE