Il y a 10 ans, le 11 septembre 2001 : les attentats suicides contre les tours du World Trade Center

07 Septembre 2011

Le 11 septembre 2001, deux avions de ligne dont s'étaient emparés des hommes prêts à mourir ont percuté de plein fouet chacune des tours jumelles du World Trade Center, au coeur de New York, causant la mort de 3 000 personnes. Un troisième avion s'est écrasé sur une aile du Pentagone. Les images de cet horrible attentat sont passées en boucle sur les télévisions du monde entier. L'audace et la violence de cette attaque spectaculaire contre ce qui pouvait représenter le symbole de la puissance des États-Unis ont été un choc pour le monde entier, et en premier lieu pour la population américaine.

Mais si cet attentat ignoble illustrait la vulnérabilité des États-Unis, principale puissance impérialiste qui domine le monde, il a contribué en réalité à renforcer l'impérialisme américain.

Car le gouvernement Bush et le patronat américain se sont immédiatement servis de l'émotion provoquée pour amener la population à serrer les rangs derrière eux, à accepter de nouvelles aventures militaires et des sacrifices économiques considérables au nom de « la guerre contre le terrorisme ».

La mise en condition de l'opinion publique

Le gouvernement Bush s'est empressé d'appeler à la vengeance et aux représailles « par respect pour les victimes ». Il a lancé sa guerre contre le terrorisme, une guerre pas comme les autres, disait-il, une guerre qui serait permanente et dont les résultats ne seraient pas visibles tout de suite.

Pendant des mois l'atmosphère de peur fut entretenue et renforcée par des nouvelles de démantèlement de cellules terroristes dormantes, par l'annonce de projets d'attentats découverts, par la multiplication d'alertes de tous niveaux, des jaunes, des oranges, des rouges. La population a été appelée à la vigilance, à dénoncer au FBI toute personne dont le comportement semblait anormal ou la conversation suspecte.

Ce fut un véritable déferlement de propagande chauvine largement relayée par les médias. Les autorités ont mis des drapeaux américains partout et ont incité les gens à en fleurir leur maison et leur voiture. Les étrangers, en particulier en provenance du Moyen-Orient, ont été désignés à la vindicte publique.

Bush a joué sur l'émotion causée par les attentats et le sentiment d'insécurité pour se donner l'image du combattant, du vengeur, du protecteur du pays derrière lequel tout le peuple devait se rassembler. L'occasion était belle de redorer son image qui n'était guère reluisante.

Le renforcement de l'appareil d'État

Une semaine après les attentats, le Congrès était déjà saisi d'un projet de loi de 350 pages renforçant les pouvoirs de répression de la police et du FBI. Appelé « USA Patriot Act », ce projet de loi, manifestement en chantier avant les attentats, n'attendait qu'une occasion pour sortir des cartons. Des dizaines de lois, décrets, règlements répressifs furent adoptés dans la foulée. L'appareil d'État retrouva pratiquement tous les pouvoirs qu'il avait du temps du Maccarthysme et qui avaient été rognés dans les années 1960 et 1970 par le mouvement pour les droits civiques, la révolte noire, la lutte contre la guerre du Vietnam.

Le 11-Septembre a permis de légaliser à nouveau des pratiques qui étaient devenues illégales et ne pouvaient être utilisées au grand jour, comme l'espionnage sans mandat d'étrangers ou de citoyens américains, leur mise sur écoute, l'accès à tous leurs comptes, données médicales, etc. Les étrangers peuvent être légalement détenus indéfiniment sans motif. Et puis n'importe qui peut être taxé de terrorisme, pour participer à un piquet de grève, pour critiquer le président, etc.

Les tribunaux militaires jugent sans appel les étrangers accusés de terrorisme. Ils peuvent ne pas produire leurs preuves, juger à huis clos, sans la présence de l'avocat et même sans l'accusé. Un présumé terroriste peut aussi rester indéfiniment en prison sans jugement. La torture des prisonniers lors d'interrogatoires est légalisée.

Les rafles massives opérées par la police dans les jours qui ont suivi le 11-Septembre furent ainsi légalisées. De nombreux détenus sont restés sans motif en prison et, dix ans après, il y a encore des détenus qui n'ont pas été jugés.

Cela n'a pas empêché Bush puis Obama de prétendre oeuvrer pour la défense de la démocratie américaine.

Le terrorisme à grande échelle de l'impérialisme américain

Un mois après les attentats, Bush déclarait la guerre à l'Afghanistan et l'armée américaine renversait cinq semaines plus tard le régime des talibans, accusé de cacher Ben Laden, sans toutefois capturer celui-ci. La guerre ne faisait que commencer. L'armée américaine, qui s'était brisée dans la guerre du Vietnam, était à nouveau opérationnelle et les attentats du 11-Septembre ont permis au gouvernement de partir en guerre sans susciter de révoltes dans la population.

Ce fut aussi l'occasion tant attendue de se débarrasser de Saddam Hussein, en Irak. Voilà dix ans, depuis la guerre du Golfe, que les puissances impérialistes tentaient en vain de mettre Saddam Hussein à genoux et de lui ôter la mainmise sur le pétrole de son pays. En mars 2003, l'armée américaine envahit l'Irak et, trois semaines après, c'est la chute de Saddam Hussein. L'Irak n'avait rien à voir avec Al-Qaïda et Ben Laden, mais Bush a justifié la guerre en mentant sur les menaces que Saddam Hussein ferait peser sur l'Amérique avec des « armes de destruction massives »... qui n'existaient pas.

Ces guerres déclenchées à la suite des attentats du 11-Septembre ne sont pas terminées aujourd'hui, dix ans après. Elles ont coûté beaucoup plus de morts que les attentats, non seulement des milliers parmi les soldats américains et ceux de la coalition, mais surtout des centaines de milliers dans les populations civiles, sans compter les blessés et les déplacés qui se comptent par millions ! Ces deux pays ont été livrés au chaos, aux destructions, aux massacres, aux luttes sanglantes entre bandes rivales. La violence, la corruption, la ruine et la misère sont les fléaux dont la population est victime.

Patronat et gouvernements en profitent pour exiger encore plus de sacrifices des travailleurs

Gouvernement et patronat se sont empressés d'affirmer que les attentats n'avaient pas seulement frappé les tours jumelles, mais qu'ils avaient porté un coup à l'économie. Les compagnies aériennes en tête, toutes les grandes entreprises se précipitèrent pour demander de l'argent à l'État en même temps qu'elles imposèrent des sacrifices considérables aux travailleurs, sous prétexte d'unité nationale dans l'effort pour faire pièce aux terroristes.

Dans les quinze jours qui ont suivi les attentats, des centaines de milliers de suppressions d'emplois furent annoncées. L'hémorragie avait commencé au début de l'année 2001, mais les attentats permettaient d'accélérer considérablement toutes les restructurations envisagées de longue date. Accélérations des cadences, recours à des travailleurs précaires ou à des sous-traitants mal payés, sacrifices exigés sur les salaires, la couverture médicale, la retraite : les attaques contre le pouvoir d'achat et les conditions de travail des salariés, attaques qui n'étaient pas nouvelles, redoublèrent. Nombreuses furent les grandes entreprises qui utilisèrent la législation sur les faillites pour imposer d'énormes sacrifices aux travailleurs.

Le gouvernement opéra des coupes claires dans les budgets sociaux et les services publics, pour pouvoir augmenter les dépenses militaires... au nom de la guerre contre le terrorisme, et subventionner aussi par ce biais les grandes entreprises du pays. Dans le même temps, il accordait des réductions d'impôts aux riches.

Les organisations syndicales ont trouvé une nouvelle raison de faire accepter les sacrifices aux travailleurs : il fallait soutenir les patrons et le gouvernement dans la lutte contre le terrorisme. L'AFL-CIO payait des publicités pleine page dans les journaux pour affirmer : « Nous soutenons notre président dans sa contre-attaque contre le terrorisme » et le Syndicat des travailleurs de l'automobile, par exemple, réclamait que patrons et ouvriers examinent ce qu'ils pouvaient faire ensemble pour l'Amérique.

Obama a succédé à Bush, mais continue à utiliser le même type de discours va-t-en-guerre contre le terrorisme. Et, malgré la mort de Ben Laden, il poursuit le bain de sang en Afghanistan. Depuis dix ans, l'impérialisme le plus puissant du monde a utilisé les attentats du 11-Septembre pour déployer un terrorisme d'État mille fois plus meurtrier contre des peuples entiers. Cela n'a évidemment pas permis de « rendre le monde plus sûr », comme l'ont proclamé les dirigeants américains, bien au contraire. Et c'est ce terrorisme d'État, pratiqué depuis toujours par les puissances impérialistes contre les peuples, qui a suscité des vocations terroristes, comme celles qui ont conduit aux attentats du 11-Septembre.

Dominique CHABLIS